Il arrive dans l’histoire des croyants des moments décisifs Quand une petite armée triomphe d’une multitude, prouvant que la foi véritable surpasse toujours la force matérielle.

L’un des objectifs des récits coraniques est d’insuffler aux croyants un esprit d’endurance et d’élever leur moral. Le Coran raconte l’histoire d’un groupe d’Israélites dont les enfants et les foyers avaient été arrachés. Ils demandèrent à leur prophète de désigner un chef pour repousser l’ennemi. Sur ordre d’Allah, leur prophète nomma Tâlût (Saül) comme chef. Les Israélites s’y opposèrent, car Tâlût n’était pas riche. Mais sa science et sa force étaient des qualités suffisantes, et comme leur prophète le leur expliqua, c’est Allah, le Très-Haut, qui l’avait choisi.

L’épreuve de la rivière et la discipline

Le cheikh Sayyid Qutb commente ces versets :

Bien que le récit coranique ne fournisse pas tous les détails, on comprend que Tâlût avait rassemblé une armée d’hommes volontaires et s’était mis en route pour combattre. Dès le début, leur loyauté fut mise à l’épreuve :

« Lorsque Saül partit avec les troupes, il dit : “Allah va vous éprouver par une rivière : quiconque en boira ne fera plus partie de moi, et quiconque n’y goûtera pas fera partie de moi, à moins de puiser une gorgée dans sa main.” Mais ils en burent, à l’exception d’un petit nombre d’entre eux. » (Sourate Baqarah, 2 : 249)

Saül dirigeait une armée issue d’un peuple vaincu à maintes reprises dans son histoire. Il allait affronter un ennemi redoutable et devait donc tester la volonté de ses soldats. Il lui fallait s’assurer de leur capacité à résister à leurs désirs, à supporter la faim et la soif, et surtout à faire preuve d’obéissance et de loyauté.

L’épreuve du fleuve visait à mesurer leur discipline : ils étaient assoiffés, mais ne devaient pas boire. Il leur permit de prendre une seule gorgée avec la main, mais la plupart désobéirent et burent à satiété. Ils furent alors écartés, car ils avaient échoué à l’épreuve. Mieux valait une troupe réduite mais disciplinée qu’une multitude faible et indisciplinée.

Ainsi, la valeur d’une armée ne réside pas dans le nombre de ses soldats, mais dans leur foi, leur moral et leur endurance.

Cet épisode démontre que les bonnes intentions ne suffisent pas sans mise en pratique, et qu’un chef véritable est celui qui ne se laisse pas décourager par la défection du grand nombre, mais avance avec les fidèles restants.

L’infériorité numérique et la force de la foi

L’armée de Tâlût dut affronter d’autres épreuves :

« Puis, lorsqu’ils l’eurent traversée, lui et ceux des croyants qui l’accompagnaient, ils dirent: “Nous voilà sans force aujourd’hui contre Goliath (Jālūt) et ses troupes!” » (Sourate Baqarah, 2 : 249)

Leur nombre avait considérablement diminué. Ils voyaient clairement qu’ils étaient inférieurs à l’armée de Goliath. Ils avaient foi en leur cause et en leur chef, mais la réalité leur rappelait leur faiblesse. Leur foi allait être mise à l’épreuve : la force invisible de la foi triompherait-elle?

C’est alors qu’un petit groupe de croyants sincères prit la parole :

« Combien de fois une petite troupe a-t-elle vaincu une grande troupe, par la permission d’Allah ! Allah est avec les endurants. » (Sourate Al-Baqarah, 2 : 249)

Aux yeux du croyant, c’est ainsi que les choses doivent être : les vrais croyants sont souvent minoritaires, car obtenir la grâce d’Allah exige des sacrifices. Mais ils triomphent parce que leur force vient de leur foi en Dieu, et non de leurs moyens matériels. La victoire est une récompense divine accordée à la patience et à la persévérance.

La victoire de David sur Goliath par la permission d’Allah

Le Coran poursuit en affirmant que, malgré leur infériorité numérique, la petite troupe fidèle remporta la victoire :

« Et quand ils se furent présentés à Goliath et à ses troupes, ils dirent : “Seigneur, répands sur nous la patience, affermis nos pas et donne-nous la victoire sur ce peuple infidèle.”

Ils les mirent en déroute, par la permission d’Allah. David tua Goliath, et Allah lui donna la royauté et la sagesse, et lui enseigna ce qu’Il voulut. » (Sourate Al-Baqarah, 2 : 250–251)

Leur prière, empreinte d’humilité et de sincérité, exprime la confiance totale en Dieu. Le mot arabe pour « patience » (sabr) évoque une pluie continue que Dieu fait descendre dans leurs cœurs, les emplissant de sérénité et de force. Ils implorent la fermeté et la victoire, sachant qu’ils ne peuvent vaincre que par la volonté divine.

« Ils les mirent en déroute, par la permission d’Allah. »

Le verset insiste sur cette expression — par la permission d’Allah — pour rappeler que tout ce qui se produit dans ce monde relève de Sa volonté. Les croyants ne sont que des instruments par lesquels cette volonté s’accomplit. Leur rôle est de servir Dieu avec sincérité, de Lui faire confiance, et d’agir selon leur foi.

« David tua Goliath, et Allah lui donna la royauté et la sagesse, et lui enseigna ce qu’Il voulut. » (Sourate Al-Baqarah, 2 : 251)

À ce moment, David n’était encore qu’un jeune homme, tandis que Goliath était un roi puissant et redouté. Mais Dieu voulut montrer aux Israélites qu’il ne faut pas juger selon les apparences. Leur rôle était de rester fidèles à leur pacte avec Dieu et de se préparer pour le combat — le reste appartenait à Allah, qui connaît l’essence de toute chose.

Ainsi, c’est la volonté de Dieu, et non la force physique, qui détermine le destin. David devait hériter du royaume de Saül et être suivi par son fils Salomon, dont le règne marqua l’âge d’or du peuple d’Israël — une ère de prospérité et de renouveau spirituel après des temps d’errance.