Durant sa vie, le Prophète (paix et bénédictions soient sur lui) enseignait sa Sunna par trois méthodes : orale, écrite (dictée à des scribes) et démonstration pratique.
Pour ce qui est de la première méthode, le Prophète avait l’habitude de répéter trois fois les choses importantes puis d’écouter ce que les Compagnons avaient retenu de lui. La seconde méthode comprend toutes les lettres du Prophète adressées aux rois pour les inviter à l’Islam, ainsi qu’aux gouverneurs musulmans pour détailler les règles de la zakat et d’autres questions juridiques. De même, le Prophète enseigna à ses Compagnons comment accomplir les ablutions, la prière, le jeûne, le pèlerinage, etc. Cela représente la troisième méthode d’enseignement de la Sunna par le Prophète.
Les Compagnons jouèrent un rôle important dans l’apprentissage et la transmission des hadiths du Prophète. Ils utilisèrent les trois méthodes appliquées par le Prophète pour enseigner la Sunna, et ils apprirent par cœur les hadiths du Prophète.
La mise par écrit du hadith (tadwîn al-hadîth)
Dans la littérature du hadith, nous sommes confrontés à des hadiths qui interdisent, et à d’autres qui permettent, la mise par écrit des hadiths.
Abû Sa`îd Al-Khudrî rapporta un hadith qui interdit la mise par écrit des hadiths : « Ne mettez rien par écrit de ma part en dehors du Coran ; et que celui qui a écrit de moi autre chose que le Coran l’efface. »
C’est le seul hadith authentique dans ce domaine. Les autres hadiths souvent cités qui interdisent la mise par écrit des hadiths sont faibles et inacceptables. Le hadith mentionné ci-dessus est rapporté par Al-Bukhârî, et selon lui, il s’agit en réalité de la parole de Abû Sa`îd Al-Khudrî lui-même. Ce hadith signifie que rien ne devait être écrit sur le même feuillet que le Coran, car cela aurait pu conduire à mélanger le texte du Coran avec celui du hadith. Cet ordre fut donné à une époque où le Coran était révélé progressivement et n’était pas encore complet.
Une autre interprétation du hadith est qu’il était interdit d’écrire les hadiths au début car toute l’attention devait être concentrée sur le Coran et sa préservation. Puis, plus tard, lorsqu’il n’y eut plus de crainte que le Coran soit délaissé, l’ordre précédent fut abrogé et les Compagnons furent autorisés à mettre les hadiths par écrit. D’un autre côté, nous avons des preuves que le Prophète approuva la mise par écrit de ses hadiths.
Nous constatons que de nombreux Compagnons consignèrent les hadiths. Par exemple, Abdullah ibn Amr fut autorisé, et même encouragé, par le Prophète (paix et bénédictions soient sur lui) à écrire les hadiths. De plus, on rapporte qu’une cinquantaine de Compagnons, ainsi que de nombreux Successeurs, possédaient des manuscrits (sahîfah, pluriel arabe suhuf), terme utilisé pour désigner les recueils de hadiths qui virent le jour durant le siècle précédant la formation des collections classiques. Les manuscrits originaux ont été perdus, mais quelques copies ont survécu. Un exemple en est la sahîfah de Hammâm ibn Munabbih, qui apprit auprès de Abû Hurayrah et écrivit de lui un manuscrit contenant 138 hadiths. On considère que ce manuscrit fut mis par écrit vers le milieu du premier siècle après l’Hégire (VIIe siècle de l’ère chrétienne).
Au début du deuxième siècle de l’Hégire, sous le règne de Umar ibn Abd Al-`Azîz (97-101 H / 715-719 EC), les textes des hadiths furent systématiquement consignés par écrit. La Sunna fut collectée en Syrie, en Égypte, en Irak, au Yémen et au Khurâsân. De grands théologiens formulèrent des mises en garde contre les rapporteurs peu scrupuleux et leurs récits non fiables.
L’imam Mâlik (m. 179 H / 795 EC) fut le premier à entreprendre une compilation de hadiths à la fois complète et systématique. Son œuvre est connue sous le nom de Al-Muwatta’ (« Le chemin frayé »). Plus tard, d’autres recueils virent le jour.
À cet égard, il est très important de noter qu’il existe deux types de compilations : musnad et musannaf. Dans les recueils de type musnad, les hadiths sont classés alphabétiquement sous les noms des Compagnons de qui ces hadiths sont rapportés. Un exemple de ce type est le Musnad de Ibn Hanbal (m. 241 H / 855 EC).
Dans les recueils de type musannaf, les hadiths sont classés sous différents chapitres traitant de sujets juridiques. C’est le cas, par exemple, d’As-Sihâh As-Sittah (les six recueils authentiques de hadith), à savoir les compilations de Al-Bukhârî (m. 256 H / 870 EC), Muslim (m. 261 H / 874 EC), An-Nasâ’î (m. 303 H / 916 EC), Abû Dâwûd (m. 275 H / 889 EC), At-Tirmidhî (m. 279 H / 892 EC) et Ibn Mâjah (m. 273 H / 886 EC).
L’évolution de la science du hadith
Avec le temps, de nombreux hadiths apparurent pour diverses raisons. Certains de ces hadiths n’étaient pas authentiques. Il était donc tout à fait nécessaire de séparer les hadiths authentiques des hadiths fabriqués. On peut dire que cette tâche était aussi nécessaire que de retirer les mauvaises herbes d’un parterre de fleurs. Assurément, la tâche n’était pas facile pour les premiers savants qui durent élaborer un outil leur permettant de réguler un corpus de hadiths aussi immense.
Il convient de noter que les règles et les critères élaborés par les spécialistes du hadith pour encadrer leur étude furent d’une grande minutie, mais qu’une partie de leur terminologie variait d’un savant à l’autre, et que leurs principes commençaient à être systématiquement consignés par écrit, mais restaient dispersés dans divers ouvrages, par exemple : Ar-Risâlah d’Ash-Shâfiî, l’introduction au Sahîh de Muslim et le Jâmi de At-Tirmidhî. Beaucoup des critères des premiers spécialistes du hadith, comme Al-Bukhârî, furent déduits par les savants postérieurs à partir d’un examen attentif des rapporteurs ou des isnâds (chaînes de transmission) qu’ils acceptaient ou rejetaient.
C’est ainsi que naquit la science du hadith (mustalah al-hadîth). L’objectif de cette science était de trier, d’organiser, de développer et de systématiser les matériaux antérieurs. Les savants formulèrent des théories, enrichirent les ouvrages biographiques couvrant toutes les générations, élaborèrent une classification complète et bien définie des rapporteurs et des hadiths, et soumirent les œuvres des grands compilateurs à un examen rigoureux, n’épargnant même pas Al-Bukhârî et Muslim.
Par Mohsen Haredy