Y a-t-il besoin du Hadith ? De temps à autre, certaines personnes remettent en question l’importance du Hadith, en prenant cela comme prétexte pour rejeter la Sunna. Pourquoi, disent-elles, devrions-nous, en tant que musulmans, accorder tant d’importance au Hadith alors que nous avons déjà le Coran, la Parole même d’Allah ? Pourquoi chercher une orientation ailleurs que dans le Coran ? Le Dr Khalid Alvi explique ici l’autorité et le statut du Hadith en islam.

Le rang du Prophète et la transmission du message

Pour traiter ce sujet, il est nécessaire de connaître le rang du Prophète en islam, car le caractère indispensable du Hadith découle directement de la position du Prophète.

En analysant le problème, on peut envisager trois possibilités :

  • La mission du Prophète se limitait uniquement à transmettre le message, et rien de plus ne lui était demandé.
  • Il ne devait pas seulement transmettre le message, mais également le mettre en pratique et l’expliquer. Toutefois, tout cela était limité à une période donnée, et après sa mort, le Coran serait suffisant pour guider l’humanité.
  • Sans aucun doute, il devait transmettre le message divin, mais il avait aussi le devoir de le mettre en pratique et de l’expliquer aux gens. Ses actes et ses explications sont une source de guidance pour toujours. Ses paroles, ses actions, ses pratiques et ses explications constituent une lumière pour chaque musulman à chaque époque.

Les savants musulmans sont unanimes à considérer que seule la troisième option représente correctement la position du Prophète en islam. Le Coran contient des dizaines de rappels sur l’importance du Prophète. Par exemple, le Coran dit :

[En effet, vous avez dans le Messager d’Allah un excellent modèle, pour quiconque espère en Allah et au Jour dernier et invoque Allah fréquemment.] (Al-Ahzab 33:21)

Selon ce verset, chaque musulman est tenu de prendre la belle conduite du Prophète comme idéal dans sa vie. Dans un autre verset, il a été désigné par Allah, le Très-Haut, comme hakam (juge) pour les musulmans. Nul ne reste musulman s’il n’accepte pas les décisions et jugements du Prophète :

[Non ! Par ton Seigneur ! Ils ne seront pas croyants tant qu’ils ne t’auront pas pris pour juge dans leurs disputes, puis qu’ils n’éprouveront dans leurs cœurs aucune gêne au sujet de ta décision et qu’ils s’y soumettront pleinement.] (An-Nisaa’ 4:65)

En décrivant les qualités des croyants, le Coran dit :

[La seule réponse des croyants, quand on les appelle vers Allah et Son Messager afin qu’il juge parmi eux, est : “Nous avons entendu et nous avons obéi.”] (An-Nur 24:51)

À de nombreux endroits, le Coran a porté son jugement sur cette question. Il dit :

[Obéissez à Allah et obéissez au Messager] (An-Nisaa’ 4:59),

et encore :

[Ce que le Messager vous donne, prenez-le ; et ce qu’il vous interdit, abstenez-vous-en.] (Al-Hashr 59:7).

Les quatre fonctions du Prophète selon le Coran

Le Coran est très clair dans l’expression de sa vision concernant la position du Prophète. Selon le Coran, le Prophète a quatre fonctions, et il doit être obéi dans chacune de ces fonctions. Il est mu‘allim wa murabbi (enseignant et éducateur) ; il explique le Livre ; il est juge ; et il est chef (dirigeant). Dans tous ces rôles, il est un exemple idéal pour les musulmans. Je cite quelques versets du Coran uniquement pour donner un aperçu de ce sujet :

[Allah a très certainement fait une faveur aux croyants lorsqu’Il a envoyé chez eux un messager pris parmi eux-mêmes, qui leur récite Ses versets, les purifie, leur enseigne le Livre et la sagesse, alors qu’auparavant ils étaient dans un égarement manifeste.] (Aal Imran 3:164)

[Et Nous avons fait descendre vers toi le Rappel afin que tu exposes clairement aux gens ce qui a été révélé pour eux.] (An-Nahl 16:44)

[Il leur ordonne le convenable, leur interdit le blâmable, leur rend licites les bonnes choses, leur interdit les mauvaises, et il ôte de dessus eux leur fardeau et les jougs qui étaient sur eux.] (Al-A`raf 7:157)

[Ô vous qui avez cru ! Obéissez à Allah, obéissez au Messager et à ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité. Puis, si vous vous disputez en quoi que ce soit, renvoyez-le à Allah et au Messager, si vous croyez en Allah et au Jour dernier.] (An-Nisaa’ 4:59)

[Il ne convient pas à un croyant ou à une croyante, une fois qu’Allah et Son Messager ont décidé d’une chose, d’avoir encore le choix dans leur façon d’agir. Et quiconque désobéit à Allah et à Son Messager s’égare certes, d’un égarement évident.] (Al-Ahzab 33:36)

Dans tous ces versets, le Coran a mis en lumière divers aspects de la personnalité du Prophète. On peut juger l’importance du Prophète à travers ces versets. Je me rappelle un autre verset important du Coran, qui constitue en réalité un verdict contre ceux qui ne croient pas au Hadith comme source authentique de la loi :

[Et quiconque s’oppose au Messager après que la guidée lui est apparue clairement, et suit un chemin autre que celui des croyants, Nous le laisserons dans la voie qu’il a choisie, et le brûlerons dans l’Enfer ; et quelle mauvaise destination !] (An-Nisaa’ 4:115)

Le Hadith : une application pratique indispensable

Le Coran, tout en insistant sur l’obéissance au Prophète, va encore plus loin lorsqu’il annonce que la prophétie de Muhammad (paix et bénédictions sur lui) dépasse toutes les limites de temps et d’espace. Il est le Dernier des Prophètes et le Messager d’Allah pour l’ensemble de l’humanité, et cela pour tous les temps à venir. Le Hadith n’est rien d’autre que le reflet de la personnalité du Prophète, à qui l’on doit obéir à tout prix.

Tout étudiant du Coran peut constater que le Livre traite généralement des principes généraux ou des éléments essentiels de la religion, et qu’il ne descend dans les détails que dans de très rares cas. Ces détails ont été largement fournis par le Prophète lui-même, soit en montrant par sa pratique comment une prescription devait être appliquée, soit en donnant une explication par des paroles. La Sunna ou le Hadith du Prophète n’était pas, comme on le pense souvent, une chose dont le besoin ne se serait fait sentir qu’après sa mort : elle était déjà nécessaire de son vivant.

Les deux institutions religieuses les plus importantes de l’islam sont la Prière (salat) et la Zakât ; or, lorsque les injonctions relatives à la Prière et à la Zakât ont été révélées – et elles l’ont été à maintes reprises, aussi bien à La Mecque qu’à Médine – aucun détail n’a été donné. « Accomplissez la Prière » est l’ordre coranique, et c’est le Prophète lui-même qui, par ses actes, a donné les détails de la Prière en disant : « Priez comme vous m’avez vu prier. »

Le paiement de la Zakât est, là encore, un ordre fréquemment répété dans le Coran, mais c’est le Prophète (paix et bénédictions sur lui) qui a énoncé les règles et modalités concernant son paiement et sa collecte. Ce ne sont que deux exemples ; pourtant, puisque l’islam couvre l’ensemble de la sphère des activités humaines, des centaines de questions ont dû être expliquées par le Prophète (paix et bénédictions sur lui) par son exemple pratique et par ses paroles.

Sagesse prophétique et révélation cachée

Les savants ont longuement discuté de la question du Hadith en tant que wahyun khafiy (révélation cachée) et sagesse prophétique. Je ne veux pas entrer dans les détails, mais une chose doit être clairement affirmée : il y a eu des cas où le Prophète, n’ayant pas reçu de révélation, a fait un effort personnel pour formuler une opinion par sa propre sagesse, laquelle était ensuite soit confirmée, soit corrigée par la révélation.

Quoi qu’il en soit, l’importance de la Sunna, même en tant que seconde source de l’islam, était une question tranchée pour les Compagnons du Prophète. Je ne citerai qu’un exemple parmi d’autres : celui de Mu`âdh ibn Jabal, qui dit au Prophète qu’il jugerait selon la Sunna s’il ne trouvait pas la solution d’un problème dans le Livre. Pour citer le Dr Hamidullah :

L’importance du Hadith est accrue pour le musulman par le fait que le Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) non seulement enseignait, mais saisissait aussi toutes les occasions de mettre son enseignement en pratique dans tous les domaines importants de la vie. Il a vécu vingt-trois ans après sa nomination en tant que Messager d’Allah. Il a doté sa communauté d’une religion qu’il a lui-même scrupuleusement pratiquée. Il a fondé un État qu’il administra en qualité de chef suprême, maintenant la paix et l’ordre intérieur, dirigeant les armées pour la défense extérieure, jugeant et tranchant les litiges entre ses sujets, punissant les criminels et légiférant dans tous les domaines de la vie. Il s’est marié et a laissé un modèle de vie familiale. Un autre fait important est qu’il ne s’est jamais déclaré au-dessus de la loi ordinaire qu’il imposait aux autres. Sa pratique n’était pas une simple conduite privée, mais une interprétation détaillée et une application concrète de son enseignement. (Introduction to Islam, p. 23).

Par le Dr Khalid Alvi