Le Coran est le miracle suprême : cette vérité théologique s’appuie sur des preuves rationnelles et textuelles qui distinguent la révélation faite au Prophète Muhammad de tous les signes précédents.

Premièrement : Définition du miracle et ses conditions

Deuxièmement : Le Coran est le miracle suprême

Parmi les caractéristiques du Noble Coran figure l’inimitabilité (iʿjāz), car il constitue le miracle suprême de Muhammad . Aucun autre miracle, bien qu’innombrables à travers sa vie, n’a été l’objet d’un défi adressé aux Arabes à l’exception du Coran.

1. Définition du miracle et terminologie utilisée dans le Coran

Le terme « miracle » (muʿjiza) ne figure ni dans le Coran ni dans la Sunna authentique. Il est apparu relativement tard, vers la fin du deuxième siècle de l’hégire et au début du troisième, lorsque les sciences islamiques, dont la théologie dogmatique (`ilm al-ʿaqīda), furent codifiées. Le Coran emploie plutôt le terme « āya » (signe), dans le contexte de la démonstration des preuves des prophètes face à leurs peuples. Allah dit : « Et ils jurèrent par Allah, en toute solennité, que si un signe leur venait, ils y croiraient. Dis : « Les signes ne viennent que d’Allah ». Et qui vous fera comprendre que quand cela viendra, ils n’y croiront pas ? » (Sourate al-Anʿām, v. 109).

Le Coran utilise également le mot « bayyina » (preuve évidente) comme dans ce verset : « Une preuve vous est venue de la part de votre Seigneur : voici la chamelle d’Allah qui est pour vous un signe. » (Sourate al-Aʿrāf, v. 73).

Le terme « bayyina » renvoie à une preuve claire, qu’elle soit rationnelle ou sensible. Parfois, il emploie « burhān » (argument décisif), comme dans le verset : « Ce sont là deux preuves de ton Seigneur à l’adresse de Pharaon et de ses notables, car ce sont vraiment des gens pervers. » (Sourate al-Qaṣaṣ, v. 32).

Ou encore le mot « sulṭān » (autorité évidente), comme dans : « Vous voulez nous détourner de ce qu’adoraient nos ancêtres ? Apportez-nous donc une preuve évidente. » (Sourate Ibrāhīm, v. 10).

Ce choix du terme « muʿjiza » plutôt que ceux employés dans le Coran vise à lever les confusions sémantiques du mot « āya », utilisé pour désigner aussi bien un verset coranique (ex. Sourate al-Baqara, v. 106), qu’un signe cosmique (ex. Sourate Āl ʿImrān, v. 190), ou une construction monumentale (ex. Sourate al-Shuʿarāʾ, v. 128).

2. Définition du miracle

Le miracle est un événement surnaturel, en rupture avec les lois naturelles, associé à un défi, exempt de toute opposition, que Dieu manifeste par l’intermédiaire de Ses messagers pour attester de leur véracité. Il échappe à toute explication causale et ne peut être atteint par les moyens humains ou l’apprentissage. Il s’agit d’un don divin pur, dont Allah choisit la nature, le moment et la finalité.

À l’inverse, la magie ou les prouesses issues d’exercices corporels ou mentaux, bien qu’étonnantes, restent accessibles à tout être humain par l’étude et la répétition. Le miracle authentique ne relève pas de cette sphère.

3. Conditions du miracle

À partir de cette définition, on peut identifier les conditions essentielles au miracle :

  • a) Il doit rompre avec les lois naturelles : comme le feu qui n’a pas brûlé Abraham عليه السلام, la mer qui ne s’est pas refermée sur Moïse عليه السلام et son peuple, ou encore le Coran.
  • b) Il doit être accompli par Allah seul : « Et Nous avons effectivement envoyé des messagers avant toi. Il en est dont Nous t’avons raconté l’histoire, et d’autres dont Nous ne t’avons rien dit. Et il n’appartenait à aucun messager d’apporter un signe sans la permission d’Allah. » (Sourate Ghāfir, v. 78).
  • c) Il doit être inaltérable et inimitable.
  • d) Il doit correspondre à la revendication de celui qui le présente.
  • e) Il doit constituer un défi explicite.
  • f) Il doit être invoqué comme preuve par le messager.
  • g) Il doit suivre la déclaration de mission prophétique.

Toutes ces conditions se retrouvent dans le miracle qu’est le Coran.

Deuxièmement : Le Coran, miracle suprême

Lorsque les polythéistes prétendirent que Muhammad avait lui-même inventé le Coran, Allah répondit : « Ou bien disent-ils : “Il l’a fabriqué ?” Mais non ! Ils ne croient pas ! Qu’ils produisent donc un discours semblable à lui, s’ils sont véridiques. Ont-ils été créés à partir de rien, ou sont-ils les créateurs [d’eux-mêmes] ? » (Sourate al-Ṭūr, v. 33–35).

Puis Allah les mit au défi de produire dix sourates semblables : « Ou bien disent-ils : “Il l’a inventé ?” Dis : “Apportez donc dix sourates inventées semblables à celui-ci, et appelez qui vous pourrez en dehors d’Allah, si vous êtes véridiques.” » (Sourate Hūd, v. 13–14).

Puis une seule sourate : « Et si vous êtes en doute sur ce que Nous avons révélé à Notre serviteur, apportez donc une sourate semblable, et appelez vos témoins en dehors d’Allah, si vous êtes véridiques. Et si vous ne le faites pas – et vous ne le ferez jamais – alors craignez le feu dont le combustible sera les gens et les pierres. » (Sourate al-Baqara, v. 23–24).

« Ou bien disent-ils : “Il l’a inventé ?” Dis : “Apportez donc une sourate semblable, et appelez à votre aide qui vous voudrez en dehors d’Allah.” » (Sourate Yūnus, v. 38).

L’humanité entière fut donc incapable de relever le défi, et ce, pour l’éternité : « Dis : “Même si les hommes et les djinns s’unissaient pour produire un Coran semblable à celui-ci, ils ne sauraient en produire un semblable, même s’ils se soutenaient mutuellement.” » (Sourate al-Isrāʾ, v. 88).

Le Prophète a dit – selon Abū Hurayra رضي الله عنه – : « Aucun prophète n’a été envoyé sans avoir reçu des signes grâce auxquels les gens ont cru. Mais ce que j’ai reçu est une Révélation qu’Allah m’a inspirée. J’espère donc être celui qui aura le plus grand nombre de partisans au Jour de la Résurrection. »

Les miracles des prophètes précédents étaient sensoriels, limités dans le temps et l’espace, et périssaient avec leurs témoins. Quant à la mission de notre Prophète , son miracle est le Coran, inégalé, durable, porteur de message, de preuve, de défi, d’éloquence, de contenu, et demeure inaccessible à toute imitation, hier comme aujourd’hui. Ainsi, il bénéficie à toute l’humanité, contemporaine ou future. C’est pourquoi le Prophète Muhammad est celui qui aura le plus de fidèles au Jour du Jugement.

Ce hadith montre la véracité de sa prophétie. Le Nawawī commente : « Le Prophète annonça cela à une époque où les musulmans étaient peu nombreux. Puis Allah ouvrit les contrées à l’Islam, bénit cette communauté, au point qu’elle devint majoritaire, et l’est restée jusqu’à ce jour. Louange à Allah pour ce bienfait immense. »

Trois raisons distinguent le miracle coranique :

  1. L’adéquation avec son époque : Chaque miracle correspondait aux préoccupations dominantes de son époque. Le Prophète fut envoyé à une ère de rhétorique et d’éloquence, donc le Coran, dans sa brièveté et son inimitabilité, fut la réponse divine. Les poètes furent désarmés, les orateurs s’inclinèrent.
  2. L’adaptation intellectuelle : Le miracle était adapté aux capacités intellectuelles du peuple concerné. Les Arabes étaient connus pour la vivacité de leur esprit. Le Coran s’adressait donc à eux par un défi qu’ils pouvaient appréhender, mais non relever.
  3. La dualité Preuve-Message : Le Coran allie preuve et message. Il contient la démonstration de la foi, l’exposition de ses preuves, les prescriptions légales, les récits édifiants, les paraboles, les promesses et les menaces. De plus, sa récitation est un acte d’adoration, ce qui a motivé sa mémorisation à travers les siècles. Des millions le mémorisent encore aujourd’hui, fait unique parmi les Livres révélés.

Références

1 – Dr. ʿAlî Muhammad Muhammad al-Ṣallâbî, Le miracle éternel : l’inimitabilité scientifique du Coran, Dâr al-Maʿrifah, pp. 7–9. 2 – Dr. Yûsuf al-Qaraḍâwî, Comment devons-nous interagir avec le Noble Coran, Dâr al-Shurûq, 3e éd., p. 32. 3 – Al-Aṣfahânî, al-Râghib al-Aṣfahânî, Al-Mufradât fî Gharîb al-Qur’ân, 1906, p. 45. 4 – Muṣṭafâ Muslim, Études sur l’inimitabilité du Coran, Dâr al-Muslim, 2011, pp. 14 et 18. 5 – Ibn Ghashiyân, Thâmir ibn Nāṣir ibn Fahd, Le message du Sceau des Prophètes Muḥammad, Maktabat al-Rushd, 2005, p. 155. 6 – Al-Nawawî, Abû Zakariyyâ Muḥyî al-Dîn Yaḥyâ ibn Sharaf, Al-Minhâj, commentaire du Ṣaḥîḥ de Muslim ibn al-Ḥajjâj, vol. 2, p. 188.

Par Ali al-Sallabi