Le prophète et ceux qui s’opposaient à lui illustrent de manière saisissante la miséricorde et la patience légendaires du Messager d’Allah. Ensanglanté de la tête aux pieds, meurtri et épuisé, le Prophète ﷺ se trouvait face à un choix : devait-il demander l’anéantissement de ceux qui venaient de l’humilier en envoyant leurs enfants le chasser de la ville à coups de pierres ? Et quel était donc son crime ? Il ne cherchait qu’à transmettre son message et à servir son peuple.
Le Prophète Muhammad ﷺ se trouvait à Taïf, une ville verdoyante, riche en palmiers, en fruits et en légumes, située à environ 80 kilomètres au sud-est de sa ville natale, La Mecque, aride et désertique. Il espérait que les habitants de cette ville seraient réceptifs à son message, rejeté par la plupart des Mecquois depuis plus de dix ans.
Pourtant, les habitants de Taïf se révélèrent tout aussi cruels et intolérants que les membres de son propre peuple. Non seulement ils rejetèrent son message affirmant l’unicité d’Allah, mais ils lancèrent également leurs jeunes contre lui. Alors qu’il se trouvait dans cette détresse, l’ange Jibrîl (Gabriel) vint à lui et lui présenta une possibilité : par la volonté d’Allah, toute la ville pouvait être anéantie en raison de l’arrogance et de la haine de ses habitants.
Le Prophète ﷺ aurait pu accepter. Il aurait pu demander que les enfants qui l’avaient lapidé soient anéantis avec leurs parents intolérants. Mais il n’en fit rien !
Au contraire, il demanda à l’ange de ne pas détruire les habitants de Taïf. Plutôt que de maudire les enfants de cette ville, il invoqua Allah afin qu’ils soient guidés vers le salut.
Ce n’est là qu’un exemple de la manière dont cet homme, qu’Allah décrit comme une « miséricorde pour les mondes » (Coran, 21:107), traitait ceux qui s’opposaient à lui. Cet épisode fait partie des nombreux récits de la vie d’un homme constamment menacé de mort, qui échappa à de véritables tentatives d’assassinat et subit les violences et les humiliations de ceux que menaçait son message, à la fois simple et profond : il n’y a de divinité digne d’adoration qu’Allah, et Muhammad est Son Messager.
Les habitants de Taïf ne furent pas les seuls à bénéficier de cette miséricorde. Le Prophète avait coutume d’invoquer Allah en faveur de ses ennemis. Deux de ses adversaires les plus acharnés, Abû Jahl et ʿUmar, furent eux aussi l’objet de ses invocations.
Le Prophète adressait régulièrement des invocations similaires en faveur de son peuple : « Ô Allah ! Guide mon peuple, car il ne sait pas », priait-il alors que lui et ses Compagnons étaient battus, humiliés, méprisés et tournés en ridicule.
Un jour, certains Compagnons vinrent trouver le Prophète et lui dirent : « Ô Messager d’Allah ! La tribu de Daws a mécru et désobéi à tes commandements. Invoque Allah contre elle ! »
Contrairement à ce qu’ils attendaient, le Prophète répondit : « Ô Allah ! Guide la tribu de Daws et fais-la venir à nous. » (Rapporté par Al-Bukhârî.)
Ces exemples ne donnent qu’un aperçu de la manière dont le Prophète traitait ceux qui s’opposaient à lui. Ses adversaires n’étaient pas simplement des personnes qui contestaient son message sur le plan intellectuel : certains étaient déterminés à le détruire, lui, sa famille, ses disciples et l’islam lui-même.
Comparons cette noblesse de caractère à l’attitude de certains croyants mal informés d’aujourd’hui, qui maudissent les autres et invoquent Allah pour que le monde soit détruit. Nous ne connaissons pas les intentions des individus, et nous ne nous connaissons même pas parfaitement nous-mêmes. Continuons donc à invoquer Allah pour qu’Il nous maintienne sur le droit chemin et guide également les autres. Nous ne devons pas nous arroger le pouvoir d’Allah en prétendant connaître le destin des autres.
Lorsqu’Allah évoque dans le Coran les comportements qui conduisent à une bonne récompense et les traits de caractère qui mènent les gens en Enfer, c’est pour nous inciter à adopter une conduite juste et à éviter l’Enfer en délaissant ce qu’Il a interdit pour notre propre bien. Ces versets ne sont pas destinés à nous servir de critères pour déterminer le sort final des autres. Cette connaissance n’appartient qu’à Allah, le Seigneur de l’univers.
Notre Prophète ﷺ était une miséricorde pour tous les êtres humains. Toute personne peut embrasser l’islam, quelle que soit sa religion d’origine. En tant que ses disciples, nous devons aujourd’hui incarner ce message et le transmettre, à une époque où la haine et la malveillance envers autrui sont devenues monnaie courante.
Nous devons également nous rappeler que la plupart des musulmans ne subissent pas, en raison de leur foi, le type d’opposition auquel le Prophète ﷺ et ses Compagnons étaient confrontés à leur époque. Dès lors, ne devrait-il pas nous être plus facile de suivre son exemple dans notre manière de traiter ceux qui s’oppousent à nous, souvent par ignorance ?