Quel rapport y a-t-il entre l’argent, une bonne parole et le fait d’enlever un objet nuisible du chemin ? La charité occupe une place si importante en islam que même le mot arabe tasaddaqa (« faire l’aumône ») dérive de la racine s-d-q, qui renvoie à la vérité et à la sincérité. La sadaqa (aumône volontaire) se distingue de la Zakât, l’aumône obligatoire prélevée chaque année.
Le musulman manifeste la sincérité de sa foi et atteint la piété en se montrant généreux :
« Vous n’atteindrez la piété que lorsque vous dépenserez de ce que vous aimez. Et quoi que vous dépensiez, Allah en est parfaitement informé. » (Sourate Âl ‘Imrân, 3:92)
Le Coran contient des dizaines de versets dans lesquels Allah ordonne aux musulmans de donner en aumône. Parfois, cette aumône constitue une expiation pour une faute ; dans d’autres cas, elle exprime la reconnaissance que tout ce que l’on « possède » est en réalité un dépôt confié par Allah, et que tout ce qui est dépensé dans Sa voie sera intégralement restitué et multiplié au Jour du Jugement. Le Coran qualifie même, à certains endroits, cette dépense de « prêt généreux ».
Les musulmans sont invités à donner en aumône sans faire de reproches à celui qui la reçoit. Il leur est également préférable de donner discrètement plutôt qu’ostensiblement, afin que leur intention soit entièrement tournée vers la recherche de l’agrément d’Allah et non vers l’admiration des gens :
« Une bonne parole et un pardon valent mieux qu’une aumône suivie d’un tort. Allah Se suffit à Lui-même et Il est Indulgent. Ô vous qui croyez ! N’annulez pas vos aumônes par des reproches et des torts, comme celui qui dépense ses biens par ostentation devant les gens et ne croit ni en Allah ni au Jour dernier… » (Sourate al-Baqara, 2:263-264)
La meilleure des aumônes
Il est facile de donner de l’argent en aumône lorsque l’on est riche. Mais la meilleure aumône est celle que l’on donne alors que l’on craint de tomber dans la pauvreté, car il faut alors placer sincèrement sa confiance dans la récompense d’Allah.
Lorsque l’on demanda au Prophète Muhammad ﷺ quelle était la meilleure aumône, il répondit :
« Que tu donnes en aumône alors que tu es en bonne santé, avare, hanté par la crainte de la pauvreté et espérant devenir riche. C’est dans un tel état de santé et d’esprit que l’aumône est la meilleure. Et ne tarde pas à la donner jusqu’au moment où tu seras sur le point de mourir et où tu diras : “Ceci est pour untel, et ceci est pour untel.” Sache alors que cela appartient déjà à untel. » (Rapporté par Muslim)
Même l’argent qu’une personne dépense pour sa famille compte comme une aumône si son intention est de rechercher l’agrément d’Allah. Le Prophète ﷺ a dit :
Même l’argent qu’une personne dépense pour sa famille compte comme une aumône si son intention est de rechercher l’agrément d’Allah. Le Prophète ﷺ a dit :
Une femme peut également donner en aumône à partir des biens de son mari. ‘Â’isha, l’épouse du Prophète ﷺ, rapporte qu’il a dit :
« Lorsqu’une femme donne en aumône une partie de la nourriture qui se trouve dans sa maison, sans causer de dommage, elle obtient une récompense pour ce qu’elle a donné, son mari obtient une récompense pour ce qu’il a acquis, et il en est de même pour le gardien du dépôt. Aucun d’entre eux ne diminue en rien la récompense de l’autre. » (Rapporté par Muslim)
La sadaqa quotidienne pour chaque articulation
En réalité, le Prophète Muhammad ﷺ enseigna à ses compagnons que la sadaqa (aumône volontaire) est due chaque jour. Mais cette aumône peut prendre de nombreuses formes :
« Il incombe de donner une sadaqa pour chacune des articulations du corps humain chaque jour où le soleil se lève, en signe de gratitude envers Allah. Rendre un jugement équitable entre deux personnes est une sadaqa ; aider un homme avec sa monture, en l’aidant à y monter ou en plaçant ses bagages dessus, est également une sadaqa ; une bonne parole est aussi une sadaqa ; chaque pas accompli sur le chemin de la prière obligatoire à la mosquée est une sadaqa ; et enlever du chemin ce qui peut nuire est également une sadaqa. » (Rapporté par al-Bukhârî et Muslim)
Ainsi, même ceux qui disposent de peu d’argent, voire d’aucun surplus financier, peuvent donner en aumône. Pour eux aussi, les bonnes actions accomplies pour rechercher l’agrément d’Allah, sans attendre de rémunération dans cette vie, sont récompensées.
Le Prophète ﷺ indiqua encore d’autres manières de faire la charité lorsque l’on n’a pas de biens matériels :
- Celui qui n’a pas les moyens financiers : qu’il travaille de ses propres mains, qu’il en tire profit et qu’il donne en aumône.
- S’il ne le peut pas : qu’il aide celui qui est dans le besoin ou celui qui est éprouvé.
- S’il ne peut même pas faire cela : qu’il recommande ce qui est convenable et ce qui est bon.
- S’il ne peut pas faire cela non plus : qu’il s’abstienne de faire le mal, car cela constitue pour lui une aumône. (Rapporté par Muslim)
Les musulmans sont également encouragés à établir une aumône continue (sadaqa jāriya), dont ils continueront à récolter la récompense après leur mort. Il peut s’agir d’un savoir transmis dans un livre ou sous une autre forme, d’arbres fruitiers dont les pauvres peuvent manger les fruits, ou encore d’un bien constitué en waqf.
Ainsi, la sadaqa, sous quelque forme que ce soit, devrait faire partie de la vie quotidienne du musulman. Une telle charité renforce sa piété, oriente ses intentions vers son Créateur et contribue à répandre la prospérité et la bienveillance au sein de la communauté.