La question du lien entre l’activité professionnelle de l’épouse et la subsistance du mari (rizq) suscite des interrogations d’ordre théologique chez les familles qui cherchent à concilier leurs besoins financiers avec leurs convictions islamiques. Certains craignent que, puisque la subsistance est prédestinée, les revenus de l’épouse puissent en quelque sorte « épuiser » la part destinée à la famille et, par conséquent, réduire ceux du mari. D’autres redoutent qu’en choisissant de ne pas travailler, une épouse prive sa famille de ressources supplémentaires.
Cet article examine la conception islamique de la prédestination, de l’effort et du décret divin relatif à la subsistance de chaque individu.
Comprendre le rizq : entre prédestination et effort
L’une des croyances fondamentales de l’islam est que la subsistance (rizq) de chaque personne est décrétée par Allah avant même sa naissance. Toutefois, la prédestination n’exclut pas l’effort. Allah, exalté soit-Il, a déterminé la part de subsistance de chacun, mais Il a également ordonné aux êtres humains de s’efforcer de l’obtenir.
Rester inactif dans l’attente de sa subsistance n’est pas conforme à l’enseignement de l’islam. Le célèbre compagnon ʿUmar ibn al-Khattâb, qu’Allah l’agrée, réprimanda un jour des personnes qui demeuraient dans la mosquée pendant les heures de travail, prétendant s’en remettre à Allah. Il leur demanda :
« Pourquoi restez-vous dans la mosquée alors que vous savez que le ciel ne fait tomber ni or ni argent ? »
L’exemple prophétique de la confiance en Allah (tawakkul)
La véritable confiance en Allah (tawakkul) repose sur un équilibre entre la confiance en Lui et l’action concrète. Le Prophète ﷺ a pris l’exemple des oiseaux pour illustrer cet équilibre.
ʿUmar ibn al-Khattâb rapporte avoir entendu le Prophète ﷺ dire :
« Si vous placiez votre confiance en Allah comme il convient de le faire, Il vous accorderait votre subsistance comme Il l’accorde aux oiseaux : ils partent le matin le ventre vide et reviennent le soir le ventre plein. » — [Jâmiʿ at-Tirmidhî, 2344]
Le Prophète ﷺ n’a pas dit que les oiseaux restaient dans leurs nids à attendre que leur nourriture leur parvienne. Il a plutôt souligné qu’ils sortaient pour la chercher et qu’Allah leur accordait leur subsistance.
Les revenus de l’épouse ont-ils une incidence sur ceux du mari ?
Sur la base de ces principes, les savants expliquent que le travail de l’épouse ne diminue pas la subsistance du mari.
Des parts de subsistance individuelles : chaque personne a une part de subsistance qui lui est propre et qu’Allah a décrétée pour elle. Lorsqu’une épouse gagne de l’argent, elle accède à la subsistance qui lui est destinée. Cela ne réduit en rien celle qui a été décrétée pour son mari.
L’absence de privation : inversement, la prise en charge financière de la famille ne constituant pas une obligation (farḍ) pour l’épouse, celle-ci ne prive pas sa famille de ressources si elle choisit de ne pas exercer d’activité professionnelle. La responsabilité financière de l’entretien de la famille incombe au mari.
Les familles ne devraient donc pas craindre que le fait de disposer de deux revenus constitue un jeu à somme nulle, dans lequel le gain de l’un entraînerait nécessairement la perte de l’autre. Chacun est appelé à faire des efforts pour obtenir sa subsistance, tout en sachant que ce qui lui est destiné ne saurait lui échapper et que ce qui lui échappe ne lui était pas destiné.