Vous êtes musulman, vous ne le savez simplement pas encore : c’est avec ces mots marquants que commence véritablement le voyage spirituel de l’auteur de ce témoignage.

Je suis né en Angleterre, peu après la Seconde Guerre mondiale. Ma famille était catholique. Mon père, qui était méthodiste, s’est converti au catholicisme pour épouser ma mère. Nous avons été élevés dans un cadre strictement religieux et, avant même de savoir lire ou écrire en anglais, je savais déjà répondre en latin aux prières de la messe.

La religion était l’une de mes matières préférées à l’école. J’y obtenais également de bons résultats. À l’âge de onze ans, j’avais obtenu une bourse pour intégrer un internat dirigé par des prêtres jésuites. Mes parents espéraient alors avoir un prêtre dans la famille — le rêve de tout parent catholique.

Les premières contradictions et le doute

À l’école, cependant, j’ai commencé à remarquer des contradictions entre ce qui nous était enseigné dans les cours de religion et ce que nous apprenions dans les cours d’histoire.

Lorsque j’ai commencé à interroger les enseignants sur les différences entre les cours d’histoire et ceux de religion, et que je leur demandais lequel des deux était correct, on me répondait que j’apprenais simplement l’histoire comme une matière destinée à réussir un examen, tandis qu’en matière de religion, je devais avoir la foi.

À cette époque, il y eut également un changement de pape. Le pape Pie XII mourut en 1958 et le pape Jean XXIII lui succéda. Les catholiques apprennent que le pape est infaillible, c’est-à-dire qu’il ne peut pas se tromper dans certaines conditions liées à l’enseignement de la foi et de la morale, et pourtant les règles sont régulièrement modifiées ou mises à jour par les papes successifs.

Il me semblait illogique que certaines choses puissent être modifiées si le pape précédent était incapable de commettre une erreur.

Aux XIVe et XVe siècles, il y eut également une période durant laquelle deux papes revendiquaient simultanément l’autorité pontificale, l’un à Avignon et l’autre à Rome. Chacun des deux papes excommuniait l’autre et prenait constamment des décisions allant à l’encontre de celles de son rival.

Pendant une très courte période, il y eut même trois papes. Comment deux, voire trois papes pouvaient-ils être infaillibles s’ils prenaient constamment des décisions contradictoires ?

Plus j’apprenais, plus j’étais troublé. Je remettais tout en question ; après tout, si quelque chose est vrai, cela devrait pouvoir être expliqué facilement.

De la rupture à l’agnosticisme

Les enseignants étaient de plus en plus irrités par mes questions et finirent par me frapper avec des cannes parce qu’ils ne parvenaient pas à me donner de réponses satisfaisantes. On me répétait sans cesse que je devais simplement avoir la foi.

Un jour, après avoir été frappé, je me suis enfui. Lorsque je suis arrivé chez moi, mon père m’a à son tour battu parce que j’avais quitté l’école. Il insistait pour que j’y retourne, mais je lui ai dit que j’étais déterminé à m’enfuir de nouveau s’il m’y ramenait.

Il n’y avait donc pas d’autre choix que de quitter cette école et d’intégrer un lycée ordinaire.

Pendant tout le temps où je suis resté à la maison, on m’obligeait à aller à l’église avec le reste de ma famille, mais mon cœur n’y était plus.

C’est à cette époque que je suis devenu agnostique : je n’étais plus certain de mes convictions, mais je savais que la seule religion que je connaissais réellement ne me paraissait pas juste.

Dès que j’en ai eu la possibilité, j’ai quitté la maison. À l’âge de quinze ans, je me suis engagé dans la Royal Air Force et, à cette époque, je ne fréquentais plus l’église.

Le mariage et le départ vers un pays musulman

J’ai rencontré celle qui allait devenir mon épouse lorsque je me suis rendu chez elle en vacances avec son frère. Elle appartenait à l’Église d’Écosse, une Église protestante.

Nous avons décidé de ne pas célébrer de mariage religieux, mais sous la pression de son père, nous avons rencontré ensemble le pasteur local.

Il m’a interrogé sur mes convictions et je lui ai répondu en toute franchise. C’était un homme bon et direct. Nous avons eu plusieurs entretiens et, à notre grande surprise, il a apprécié mon honnêteté.

Bien que je n’aie jamais partagé ses conceptions religieuses, il a tout de même accepté de nous marier et m’a offert, comme cadeau de mariage, la Bible qu’il avait utilisée lors de la cérémonie.

Nous avons célébré un mariage simple, en présence uniquement du pasteur, de mon épouse et de moi-même, de son père et de deux témoins dans l’église.

La découverte de l’islam

Après avoir terminé mon service dans la Royal Air Force, j’ai quitté le Royaume-Uni en 1976 pour travailler dans un pays musulman, où j’enseignais l’électronique à des officiers et sous-officiers de l’armée de l’air.

Avant cela, je n’avais jamais connu de musulman et j’avais certaines idées préconçues — toutes fausses, je m’empresse de le préciser — sur ce qu’était l’islam.

Le comportement des étudiants ne m’impressionnait guère. Ils ne priaient pas et, de manière générale, n’avaient pas une attitude particulièrement religieuse ; certains buvaient même de l’alcool et avaient des relations avec des femmes.

La plupart avaient une attitude plutôt désinvolte à l’égard de leurs études. Ils répondaient « In shâ’ Allah » à toutes mes consignes et me donnaient l’impression qu’ils ne se sentaient pas réellement obligés de travailler dur. Leur philosophie semblait être : « Ce qui doit arriver arrivera. »

La lecture du Coran et le tournant décisif

J’ai commencé à lire le Coran pour deux raisons :

  1. Premièrement, je voulais être un bon enseignant et j’espérais que, si je parvenais à comprendre la manière de penser de mes étudiants, je pourrais mieux leur transmettre mes idées et, je l’espérais, leur insuffler davantage d’enthousiasme pour leurs études.
  2. Deuxièmement, je voulais démontrer que l’islam était erroné.

Lorsque les étudiants ont appris que je lisais le Coran, ils ont fait venir un cheikh dans la salle de classe pour s’entretenir avec moi.

Nous avons eu plusieurs discussions approfondies et il m’a interrogé sur mes convictions.

À la fin de l’un de nos échanges, le cheikh m’a dit :

« Vous êtes musulman, vous ne le savez simplement pas encore. »

Pendant plusieurs mois, j’ai continué à lire le Coran et, plus je le lisais, plus j’étais impressionné par la logique, la cohérence et la pureté de l’islam.

La suite, comme on dit, appartient à l’histoire…

J’ai prononcé la shahâda à la fin de l’année 1976.