Lorsqu’il s’agit de choisir son conjoint en Islam, de nombreux critères entrent en jeu, allant de la piété à l’apparence physique. Faut-il privilégier la religion ou est-il permis de rechercher des qualités mondaines comme la richesse et la beauté ? Voici l’explication détaillée des savants sur cette question essentielle.
En général, les gens choisissent leur conjoint en fonction de certaines qualités, telles que la richesse, la beauté, l’origine familiale ou l’attachement à la religion. Il n’y a aucun mal à rechercher toutes ces qualités chez un futur conjoint, à condition que son engagement religieux demeure le critère le plus important. Cela s’applique naturellement aussi bien aux hommes qu’aux femmes.
Cheikh M. S. Al-Munajjid, éminent conférencier et auteur musulman saoudien, déclare ce qui suit :
Tout d’abord, il convient de préciser que la charia encourage avant tout à rechercher une épouse vertueuse et attachée à sa religion, ainsi qu’un mari vertueux, religieux et doté d’un bon caractère. L’engagement religieux constitue le premier et le plus important des critères. Les autres qualités, telles que la beauté, la richesse, le rang social élevé, la noblesse de l’origine familiale et autres, sont secondaires.
Ces qualités ne sont pas blâmables en elles-mêmes, mais elles ne constituent pas l’objectif essentiel ; elles sont plutôt complémentaires. Lorsqu’elles sont réunies avec l’attachement à la religion, la situation est idéale. Dans le cas contraire, l’engagement religieux demeure le fondement de tout bien.
L’éloge des qualités mondaines dans la Sunnah
La Sunnah comporte des textes faisant l’éloge de certaines de ces qualités chez l’épouse. Abu Hurayrah — qu’Allah l’agrée — rapporte, par exemple, que l’on demanda :
« Ô Messager d’Allah, quelle est la meilleure des femmes ? »
Il répondit : « Celle qui réjouit son mari lorsqu’il la regarde, qui lui obéit lorsqu’il lui donne un ordre et qui ne s’oppose pas à lui, concernant sa personne ou ses biens, en faisant ce qui lui déplaît. » (Rapporté par Ahmad)
Le même principe s’applique au mari : il faut avant tout rechercher un homme vertueux et pieux, conformément au hadith dans lequel le Prophète (paix et bénédictions sur lui) évoque celui « dont la religion et le caractère vous donnent satisfaction ».
Si cet attachement religieux s’accompagne d’une belle apparence, de richesse et d’un rang social élevé, il s’agit alors d’un bienfait accordé par Allah, le Très-Haut.
Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) considéra cependant que la mauvaise gestion de ses biens par un homme ou son incapacité à subvenir aux besoins de son épouse pouvait constituer une raison de ne pas l’épouser. Cela apparaît dans le hadith de Fatimah bint Qays — qu’Allah l’agrée — qui rapporte :
« Lorsque ma iddah — période de viduité — prit fin, j’informai le Prophète (paix et bénédictions sur lui) que Muawiyah ibn Abi Sufyan et Abu Jahm m’avaient demandé en mariage. Le Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) dit :
“Quant à Abu Jahm, son bâton ne quitte jamais son épaule. Quant à Mu`awiyah, il est très pauvre et ne possède aucun bien. Épouse plutôt Usamah ibn Zayd.” » (Rapporté par Muslim)
Le point de vue des savants sur les priorités
Le grand savant As-Sa`di — qu’Allah lui fasse miséricorde — a dit :
« Si d’autres qualités s’ajoutent à l’engagement religieux, c’est une bonne chose. Dans le cas contraire, l’attachement à la religion demeure la plus importante des qualités à rechercher. » (Source : Bahjat Qulub Al-Abrar wa Qurrat Uyun Al-Akhyar fi Sharh Jawami Al-Akhbar, p. 120)
Une fois ce principe clairement établi, la réponse à la question posée devient évidente. Nous savons que la richesse, la noblesse de l’origine familiale et la beauté sont généralement considérées comme des qualités souhaitables chez les deux conjoints, aussi bien par les croyants que par les non-croyants.
Le désir de trouver ces qualités est naturel chez l’être humain, et l’islam ne s’y oppose pas. Toutefois, elles ne font pas l’objet d’une insistance particulière, car les gens leur accordent naturellement de l’importance et les recherchent spontanément. Ils vont même parfois jusqu’à les exagérer et à négliger d’autres qualités plus essentielles.
L’islam est donc venu attirer l’attention sur ce que les gens négligent ou ignorent, alors qu’il s’agit du critère le plus important selon les normes de la charia. C’est également ce qui distingue l’attitude du croyant vertueux de celle des autres.
C’est pourquoi le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a dit dans le célèbre hadith :
« On épouse une femme pour quatre raisons : sa richesse, son origine familiale, sa beauté et sa religion. Choisis donc celle qui est attachée à sa religion, puisses-tu prospérer. »!– /wp:paragraph –>
L’imam An-Nawawi — qu’Allah lui fasse miséricorde — a dit :
« Le sens correct de ce hadith est que le Prophète (paix et bénédictions sur lui) décrit ce que font habituellement les gens. Ils recherchent ces quatre qualités, et l’attachement religieux est généralement la dernière qu’ils prennent en considération. Toi qui recherches la bonne voie, choisis donc celle qui est attachée à sa religion. » (Sharh Muslim, vol. 10, p. 51-52)
Il a également dit :
« Cela signifie que les gens recherchent habituellement ces quatre qualités chez une femme, mais que tu dois, pour ta part, rechercher celle qui est attachée à sa religion. » (Riyadh As-Salihin, p. 454)
Al-Qurtubi — qu’Allah lui fasse miséricorde — a dit :
« Ces quatre qualités sont celles que l’on recherche généralement lorsqu’on souhaite épouser une femme. Ce sont les qualités que les hommes recherchent chez les femmes. Le hadith décrit donc une réalité courante et ne constitue pas un ordre en ce sens. Son sens apparent indique qu’il est permis de rechercher toutes ces qualités, ou seulement l’une d’entre elles, mais que l’engagement religieux demeure la meilleure et la plus importante. »)
Cheikh Sulayman ibn Mansur Al-`Ujayli Al-Jamal, l’un des juristes shafi‘ites, déclare :
« Certains ont cité ce hadith comme preuve qu’il est recommandé que la femme soit belle. Az-Zarkashi a contesté cette interprétation en affirmant qu’il était étrange de s’en servir comme preuve en faveur de la beauté, car le hadith décrit simplement ce que les gens font habituellement et ne leur ordonne pas d’épouser de belles femmes.
Cette objection est pertinente. De même, le hadith n’ordonne pas d’épouser une femme riche, belle ou issue d’une famille noble. » (Futuhat Al-Wahhab bi Tawdih Sharh Manhaj Al-Tullab, connu sous le nom de Hashiyat Al-Jamal, vol. 4, p. 118)
L’équilibre entre critères religieux et mondains
Certains savants considèrent néanmoins que ces qualités sont souhaitables du point de vue de la charia et qu’il est recommandé au prétendant de les rechercher chez la femme qu’il souhaite épouser. Ils précisent toutefois que l’attachement religieux doit constituer le fondement du choix et qu’aucune des autres qualités mentionnées ne doit le supplanter. En cas de conflit entre les critères, la religion doit toujours prévaloir.
Ibn Hajar — qu’Allah lui fasse miséricorde — a dit :
« On peut également comprendre de ce hadith qu’il est recommandé à un homme de noble ascendance d’épouser une femme de statut comparable. Mais s’il doit choisir entre une femme de noble ascendance qui n’est pas attachée à sa religion et une femme religieuse qui n’est pas issue d’une famille noble, il doit donner la priorité à l’engagement religieux. Il en va de même pour toutes les autres qualités.
La mention de “sa beauté” peut indiquer qu’il est recommandé d’épouser une belle femme. Mais s’il faut choisir entre une belle femme qui n’est pas religieuse et une femme moins belle mais attachée à sa religion, cette dernière doit être privilégiée. Si les deux femmes sont égales sur le plan religieux, la plus belle est alors préférable.
On peut également rechercher celle qui possède à la fois une belle apparence et un bon caractère, ainsi que celle qui demande un mahr peu élevé.
Les paroles : “Choisis celle qui est attachée à sa religion” signifient que l’homme religieux et respectable doit faire de la religion son principal critère dans toutes ses affaires, en particulier dans les décisions qui auront des conséquences durables. Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) lui a donc recommandé de rechercher une femme religieuse, car c’est là l’objectif ultime.
Dans un hadith de Abdullah ibn Amr, rapporté par Ibn Majah sous forme marfu` — bien que sa chaîne comporte une certaine faiblesse — il est dit :
“ N’épousez pas les femmes uniquement pour leur beauté, car il se peut que leur beauté vous conduise à votre perte. Ne les épousez pas non plus pour leur richesse, car il se peut que leur richesse les pousse au péché. Épousez-les plutôt pour leur attachement à la religion. Une esclave noire attachée à sa religion est meilleure.” » (Fath Al-Bari, vol. 9, p. 135-136)
De nombreux ouvrages de jurisprudence shafi‘ite citent ce hadith pour démontrer qu’il est recommandé d’épouser une belle femme.
Il est dit dans Sharh Muntaha Al-Iradat — ouvrage de jurisprudence hanbalite — :
« Il relève également de la Sunnah de choisir une belle femme, en raison de ce hadith. » (Vol. 2, p. 623)
La question est donc suffisamment large, in shaa’ Allah, tant que les deux futurs époux s’accordent sur le critère essentiel, à savoir l’engagement religieux, et que es autres qualités d’ordre mondain recherchées ne sont pas blâmables, mais plutôt appréciables.
Un principe valable pour les hommes et les femmes
Quant au fait que les qualités souhaitables chez un homme ne soient pas mentionnées de la même manière que celles recherchées chez une femme, cela ne signifie pas qu’une distinction soit faite entre eux.
Cela s’explique plutôt par le fait que, généralement, c’est l’homme qui recherche une épouse et examine les qualités qu’il souhaite trouver chez elle, tandis que la femme considère habituellement les qualités de l’homme qui vient lui demander sa main.
Il est donc plus juste de comprendre les paroles du hadith : « On épouse une femme pour quatre raisons… » comme une description de ce qui se produit habituellement et conformément aux usages, et non comme une règle limitée à un seul sexe ou excluant les situations moins courantes.
Par ailleurs, les prescriptions de la charia sont généralement formulées à l’intention des hommes. Les spécialistes des fondements de la jurisprudence ont établi que tout commandement adressé aux hommes s’adresse également aux femmes, sauf lorsqu’une preuve indique le contraire. Il n’est donc pas nécessaire qu’un texte distinct soit formulé pour les hommes et un autre pour les femmes concernant chaque règle de la charia.
Le Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) a dit : « Les femmes sont les homologues des hommes. » (Rapporté par At-Tirmidhi)