Comprendre comment le Coran gère-t-il la diversité humaine permet de saisir la profondeur du message universel de l’Islam face à la pluralité des peuples et des cultures.
La question de savoir comment le Coran gère la diversité humaine se pose avec acuité. En tant que dernière révélation céleste adressée aux habitants de la Terre, le Coran offre une vision globale de la nature de l’existence humaine, de ses modalités et de ses finalités. Cette perspective se manifeste à travers un réseau de relations interconnectées, révélant d’abord le lien de l’homme avec son Créateur, puis avec l’univers environnant et ses créatures, et enfin avec ses semblables.
L’idée centrale concernant la gestion coranique de la diversité humaine est que le Coran souligne qu’en contraste avec l’unicité qui caractérise le monde de l’invisible, représentée par le Dieu unique, il existe une pluralité marquant le monde humain, où l’uniformité n’a pas sa place, que ce soit en matière de croyances, d’idées ou de conceptions.
Types de diversité humaine
Dans de nombreux versets, le Coran souligne la réalité de la diversité humaine comme une manifestation de la volonté divine. Cette diversité se présente sous plusieurs formes :
- Diversité de genre : Comme l’indique le verset : « Le mâle n’est pas comme la femelle » (Āl ‘Imrān : 33).
- Diversité ethnique et nationale : Illustrée par le verset : « Nous vous avons créés en nations et tribus, afin que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux. Allah est certes Omniscient et Parfaitement Connaisseur » (Al-Ḥujurāt : 13).
- Diversité linguistique et ethnique : Comme mentionné dans le verset : « Et parmi Ses signes, la création des cieux et de la terre et la diversité de vos langues et de vos couleurs. Il y a en cela des signes pour les savants » (Ar-Rūm : 22).
- Diversité religieuse : Mise en évidence dans le verset : « Ceux qui ont cru, les Juifs, les Sabéens, les Chrétiens, les Mages et les polythéistes, Allah tranchera entre eux le Jour de la Résurrection, car Allah est témoin de toute chose » (Al-Ḥajj : 17).
En réponse à la question : comment le Coran gère-t-il la diversité humaine ? En plus de ces formes principales de diversité, le Coran évoque d’autres formes secondaires parmi les individus, telles que la diversité — ou plutôt la pluralité — des compréhensions et des opinions, les différences de statut social entre richesse et pauvreté, etc. Le Coran affirme que la diversité et la divergence sous toutes leurs formes sont le résultat de la volonté divine : « Si ton Seigneur avait voulu, Il aurait fait des gens une seule communauté » (Hūd : 118).
Toutefois, cette diversité naturelle et les désaccords qui peuvent en découler ne conduisent pas nécessairement à des maux, des divisions et des querelles, selon l’interprétation de Rizwān as-Sayyid, en raison de deux facteurs : le Créateur des humains est unique et sans associé, et l’unité était à l’origine entre les humains avant que n’apparaisse la divergence : « Les gens formaient une seule communauté ; puis ils divergèrent » (Yūnus : 19).
Mécanismes de gestion de la pluralité
Étant donné que la diversité est une loi universelle et une volonté divine, il est nécessaire de disposer de mécanismes pour gérer cette diversité et en réguler le cours. Selon la perspective coranique, deux mécanismes principaux jouent ce rôle : la connaissance mutuelle (taʿāruf) et la confrontation (tadāfuʿ).
La connaissance mutuelle (taʿāruf)
Le concept de « connaissance mutuelle » apparaît deux fois dans le Coran sous forme verbale. Allah dit : « Le jour où Il les rassemblera tous, il leur semblera n’avoir demeuré qu’une heure du jour, et ils se reconnaîtront mutuellement » (Yūnus : 54), et : « Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez » (Al-Ḥujurāt : 13), ce dernier étant connu comme « le verset de la connaissance mutuelle ».
Zaki al-Mīlād souligne que ce verset englobe quatre principes universels régissant les relations humaines :
- Premièrement : Il s’adresse à l’ensemble de l’humanité. Il est notable que la sourate Al-Ḥujurāt, de nature médinoise, s’adresse du début à la fin aux croyants par « Ô vous qui avez cru », mais dans ce verset, l’adresse change pour « Ô hommes », passant du spécifique au général, ce qui indique que le discours est universel.
- Deuxièmement : Il rappelle à tous les humains qu’ils sont créés d’un mâle et d’une femelle, affirmant ainsi l’unité de l’origine humaine, ce qui prépare à accepter la diversité mentionnée ensuite dans le verset.
- Troisièmement : Après avoir affirmé l’unité de l’origine humaine, le verset reconnaît le principe de diversité, indiquant que cette unité originelle n’implique pas une uniformité sociale, mais que les humains se sont répartis en nations et en tribus.
- Quatrièmement : Le verset introduit le concept de connaissance mutuelle (taʿāruf) comme le cadre principal des relations humaines, préférant ce terme à d’autres.
Zaki al-Mīlād suggère que le Coran n’a pas utilisé des termes alternatifs comme le dialogue ou la coopération pour remplacer la connaissance mutuelle pour deux raisons : premièrement, la connaissance mutuelle est une condition préalable au succès du dialogue et à une coopération fructueuse ; deuxièmement, la connaissance mutuelle est seule capable d’éliminer les causes de conflit et de confrontation, contrairement au dialogue, car elle implique la compréhension et la reconnaissance des différences d’intérêts et de préoccupations.
En tout état de cause, le Coran résume l’objectif ultime de la connaissance mutuelle dans la réalisation du bien : « À chacun une orientation vers laquelle il se tourne. Rivalisez donc dans les bonnes œuvres » (Al-Baqara : 148). Le bien est un concept général et inclusif, correspondant à la notion de bien connu (maʿrūf). Comme on peut le constater, le Coran invite les musulmans à rivaliser avec les autres dans la poursuite du bien, sans préciser la nature de ces bonnes œuvres, les considérant comme connues et partagées par l’humanité. Ainsi, aucune civilisation n’a le droit de monopoliser la définition des valeurs partagées par l’humanité, ce qui évite les illusions de particularisme.
Notes et références : [1] Ridwan al-Sayyid, L’homme et ses droits chez les musulmans et les Occidentaux, et les responsabilités partagées, Al-Tasamuh, n°18 (Amman : printemps 2007), p. 25. [2] Zaki al-Milad, L’idée du dialogue des civilisations et son évolution, Al-Faysal, n°481-482 (Riyad : novembre-décembre 2016), p. 118-120. [3] Bouabid Saleh al-Izdihar, Les lois sociales, la logique de l’affrontement et du dialogue des civilisations, Le Caire : Dar al-Kalima, 2014, p. 33-40.
