L’œuvre pieuse constitue le témoignage concret de la foi, transformant les convictions du cœur en actions vertueuses agréées par Allah.
Tous les savants de l’islam — juristes (fuqahāʾ) et autres — sont unanimes à considérer que l’œuvre pieuse constitue un pilier de la foi (īmān) et une preuve manifeste de l’intégrité de l’unicité (tawḥīd). Car il n’existe pas de signe plus tangible attestant la véracité des deux témoignages que le comportement de l’individu, ses actes et sa moralité. Son engagement à observer les commandements d’Allah et à se détourner des interdits est une preuve véridique que la foi habite son cœur. En réalité, l’œuvre pieuse est un fruit de la foi en Allah, en Son Prophète et au Jour dernier.
Il est rapporté que le pieux prédécesseur al-Ḥasan al-Baṣrī disait : « La foi ne se limite ni à des apparences ni à des vœux pieux ; elle est ce qui s’enracine dans le cœur et que confirment les actes. »
Il ajouta : « Celui dont les paroles sont belles mais dont les actes sont corrompus, Allah rejette ses paroles. Mais celui dont les paroles sont justes et les actes vertueux, ses œuvres l’élèvent. »
Allah ﷻ dit en effet: « Vers Lui montent les bonnes paroles, et Il élève les œuvres pies. » [Sourate Fāṭir : 10]
Ce propos est largement rapporté dans les ouvrages doctrinaux islamiques, signalant que l’œuvre extérieure reflète la réalité de la foi : elle est à la fois un pilier, un indicateur et un fruit de la foi véritable.
Qu’est-ce que l’œuvre pieuse (al-ʿamal aṣ-ṣāliḥ) ?
L’œuvre pieuse désigne tout acte agréé par Allah ﷻ, et cela repose sur deux conditions essentielles:
- La conformité à la législation islamique (muwāfaqat al-sharʿ),
- La sincérité de l’intention, exclusivement tournée vers Allah (ikhlāṣ li-wajhi Allāh).
Si l’un de ces deux éléments fait défaut, l’acte ne sera pas accepté par Allah et ne donnera lieu à aucune récompense.
Allah ﷻ dit : « Que celui qui espère la rencontre de son Seigneur fasse œuvre pie, sans rien Lui associer dans Son adoration. » [Sourate al-Kahf: 110]
Ainsi, l’œuvre pieuse est celle qui est à la fois conforme à la Sharīʿa et exempte d’associationnisme dans l’intention.
L’adoration est l’œuvre pieuse
Dans son ouvrage al-Ibāna al-kubrā, l’imām Ibn Baṭṭa clarifie le lien profond entre adoration et œuvre pieuse :
- Le fondement de la foi est l’attestation des deux témoignages. Sa réalité, cependant, se manifeste par les actes. Allah ﷻ les a réunis dans ce verset: « Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent. » [Sourate adh-Dhāriyāt : 56] Ce verset contient le verbe li-yaʿbudūn (« pour qu’ils M’adorent »), ce qui implique à la fois parole et action, foi et soumission, prière et sincérité.
- L’adoration est une action. Si Allah avait voulu la restreindre au discours, Il aurait dit : « sauf pour qu’ils Me proclament ». Or, Il a parlé d’adoration, prouvant ainsi que l’action fait partie intégrante de la foi.
- L’adoration est un service rendu à Allah. Et ce service s’accomplit par les actes prescrits : observer les obligations, s’éloigner des interdits, se soumettre aux injonctions divines. Allah dit ((O vous qui croyez! Inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Seigneur, et faites le bien.)) [al-Ḥajj: 77–78]
- Toutes les adorations comme la prière, la zakāt, le jeûne, le ḥajj et autres actes nobles s’inscrivent dans le cadre de la religion. Celle-ci repose sur l’œuvre pieuse conforme aux fondements de la foi enseignée par les prophètes. Allah dit: (( Et Nous n’avons envoyé avant toi aucun Messager à qui Nous n’ayons révélé: «Point de divinité en dehors de Moi. Adorez-Moi donc».)) [al-Anbiyāʾ : 25]
C’est sur ce fondement que Shaykh al-Islām Ibn Taymiyya affirma: « La religion, c’est l’adoration. Et l’adoration, c’est l’obéissance. Celui qui obéit à Allah dans Ses ordres et Ses interdictions, a adoré Allah. Celui qui obéit à Satan a, en réalité, adoré Satan. Allah dit: ((Ne vous ai-Je pas engagés, enfants d’Adam, à ne pas adorer le Diable? Car il est vraiment pour vous un ennemi déclaré,))
Dimensions de l’œuvre pieuse
L’expression al-ʿamal aṣ-ṣāliḥ dans le Coran et la Sunna désigne donc tout acte de piété, qu’il soit :
- Intérieur: sincérité, bonne intention, foi pure, droiture du cœur.
- Extérieur: prières, jeûnes, aumônes, comportement vertueux.
L’œuvre pieuse couvre toutes les obligations et recommandations religieuses, qu’elles soient liées au culte ou aux interactions sociales. Lorsqu’un musulman les accomplit dans un esprit d’obéissance et de quête du Visage divin, il est considéré comme auteur d’une œuvre pie. Les œuvres pies par excellence sont celles mentionnées dans le ḥadīth de Jibrīl : la prière, la zakāt, le jeûne et le pèlerinage — les piliers fondamentaux de l’islam.
Attitudes requises face aux œuvres pies
Le croyant doit intégrer certaines attitudes fondamentales face aux œuvres pies :
1. Se hâter à les accomplir
« Et concourez au pardon de votre Seigneur, et à un Jardin (Paradis) large comme les cieux et la terre, préparé pour les pieux. » Sourate Âl ʿImrân (3), verset 133
« Hâtez-vous vers un pardon de votre Seigneur ainsi qu’un Paradis aussi large que le ciel et la terre, préparé pour ceux qui ont cru en Allah et en Ses Messagers. Telle est la grâce d’Allah qu’Il donne à qui Il veut. Et Allah est le Détenteur de l’énorme grâce. » Sourate al-Ḥadīd (57), verset 21
« Ils sont là sur mes traces, dit Moïse. Et je me suis hâté vers Toi, Seigneur, afin que Tu sois satisfait.» Sourate Ṭāhā (20), verset 84
« Nous l’exauçâmes, lui donnâmes Jean (Yahyâ) et guérîmes son épouse. Ils concouraient au bien et Nous invoquaient par amour et par crainte. Et ils étaient humbles devant Nous. » Sourate al-Anbiyāʾ (21), verset 90
2. Persévérance et assiduité
« Demeure sur le droit chemin comme il t’a été commandé, ainsi que ceux qui se sont repentis [à Allah] avec toi. Et ne commettez pas d’excès ! Car vraiment Il observe ce que vous faites. Sourate Hūd (11), verset 112
« Ils s’arrachent de leurs lits pour invoquer leur Seigneur, par crainte et espoir ; et ils font largesse de ce que Nous Leur attribuons. » Sourate as-Sajda (32), verset 16
« (17) Ils dormaient peu, la nuit, (18) et aux dernières heures de la nuit ils imploraient le pardon [d’Allah] ; (19) et dans leurs biens, il y avait un droit au mendiant et au déshérité. » Sourate adh-Dhāriyāt (51), versets 17–19
3. Espoir d’acceptation et crainte du rejet
« (Et ceux) qui donnent ce qu’ils donnent, tandis que leurs cœurs sont emplis de crainte [à la pensée] qu’ils doivent retourner à leur Seigneur. » Sourate al-Muʾminūn (23), verset 60
« Et raconte-leur en toute vérité l’histoire des deux fils d’Adam. Les deux offrirent des sacrifices ; celui de l’un fut accepté et celui de l’autre ne le fut pas. Celui-ci dit : « Je te tuerai sûrement. » « Allah n’accepte, dit l’autre, que de la part des pieux. » » Sourate al-Māʾida (5), verset 27
Par Idrīs Aḥmad
