Quelle est la différence entre la foi (al-īmān) et l’islam (al-islām) ?
Les savants ont divergé quant à la nature de la relation entre la foi (al-īmān) et l’islam (al-islām), ainsi que sur leur différence. Certains considèrent qu’ils désignent une seule et même réalité, mais l’opinion majoritaire (jumhūr) est que l’islam est plus général tandis que la foi est plus spécifique. Ainsi, tout croyant (muʾmin) est un musulman (muslim), mais tout musulman n’est pas nécessairement un croyant.
L’islam correspond aux actes apparents, tandis que la foi est l’acte vertueux fondé sur la conviction intérieure. Le croyant est donc celui qui croit de tout cœur et agit par ses membres en conformité avec sa foi. Quant au musulman, il peut être croyant de manière véridique, comme il peut souffrir d’une déficience dans sa foi. Il peut aussi afficher extérieurement l’islam tout en étant hypocrite dans son cœur, comme ce fut le cas des hypocrites (munāfiqūn) qui priaient avec le Prophète ﷺ.
Il se peut néanmoins que l’on utilise l’un de ces deux termes pour désigner l’autre lorsque l’un est mentionné sans l’autre. Ainsi, on peut appeler un croyant musulman parce qu’il réunit foi et soumission. En revanche, celui dont l’hypocrisie est avérée ne saurait être qualifié de croyant, même si on lui accorde l’appellation de musulman sur la base de son apparence.
Explication du verset : ((Nous en fîmes sortir alors ce qu’il y avait comme croyants, mais Nous n’y trouvâmes qu’une seule maison de gens soumis.)) (Sourate adh-Dhāriyāt, v. 35–36)
L’imām Ibn Kathīr commente: « Certains se sont appuyés sur ce verset, tels que les partisans de l’école muʿtazilite, pour soutenir qu’il n’y a pas de distinction entre les termes “croyants” et “musulmans”, puisque les deux sont employés pour désigner les mêmes personnes. Or, cet argument est faible, car ces gens-là étaient bel et bien croyants. Selon nous, chaque croyant est musulman, mais l’inverse n’est pas toujours vrai. Les deux termes coïncident ici en raison des circonstances particulières du récit, mais cela ne peut être généralisé. » (Fin de citation)
L’imām al-Qurṭubī, dans son exégèse de ces mêmes versets, ajoute : « Les termes “croyants” et “musulmans” sont employés ici comme synonymes, pour éviter une répétition stylistique, tout comme dans le verset (( – Il dit: «Je ne me plains qu’à Allah de mon déchirement et de mon chagrin.)) (Yūsuf : 86).
On a aussi dit que la foi consiste en la conviction du cœur, tandis que l’islam correspond à la soumission apparente. Ainsi, tout croyant est musulman, mais tout musulman n’est pas forcément croyant. Dans le premier verset, ils sont appelés “croyants” car tout croyant est par nécessité un musulman. »
Il poursuit en commentant le verset suivant : (( Les Bédouins ont dit: «Nous avons la foi». Dis: «Vous n’avez pas encore la foi. Dites plutôt: Nous nous sommes simplement soumis, car la foi n’a pas encore pénétré dans vos cœurs.)) [Al-Ḥujurāt : 14]
Ce verset établit une distinction claire entre la foi et l’islam, conformément au ḥadīth de Jibrīl rapporté dans le Ṣaḥīḥ de Muslim et ailleurs. (Fin de citation de l’imām al-Qurṭubī)
Foi et islam dans l’exégèse d’Ibn Kathīr
Ibn Kathīr commente également le verset: ((Les Bédouins ont dit: «Nous avons la foi».)) « Allāh dénonce ici les Bédouins qui, dès leur première adhésion à l’islam, se sont attribué le rang de croyants alors que la foi n’avait pas encore pris racine dans leurs cœurs. Le Très-Haut leur dit :
“Vous dites : ‘Nous avons cru’, dis : ‘Vous n’avez pas encore cru. Dites plutôt : Nous nous sommes soumis, car la foi n’est pas encore entrée dans vos cœurs’.”
Ce verset prouve que la foi est plus spécifique que l’islam, selon l’avis des gens de la Sunna et du Consensus (Ahl as-Sunna wa al-Jamāʿa). Cela est confirmé par le ḥadīth de Jibrīl : il y interroge d’abord sur l’islam, ensuite sur la foi, puis sur l’excellence spirituelle (iḥsān), dans un ordre allant du plus général au plus spécifique. »
Ibn Kathīr rapporte également ce ḥadīth:
L’imām Aḥmad a dit: « Le Messager d’Allāh ﷺ distribua des biens à certains hommes, mais n’en donna rien à d’autres parmi les Anṣār. Saʿd ibn Abī Waqqāṣ lui dit: “Ô Messager d’Allāh ! Tu as donné à untel et untel, mais tu n’as rien donné à untel, alors qu’il est croyant.” Le Prophète ﷺ répondit : “Ou bien est-il seulement musulman ?” Saʿd répéta cela trois fois, et chaque fois le Prophète ﷺ lui répondit : “Ou bien est-il seulement musulman ?” Puis il dit : “Je donne à certains hommes, tandis que je n’en donne pas à d’autres qui me sont plus chers, de peur qu’ils ne soient précipités dans le Feu.” » (Ce ḥadīth est rapporté par al-Bukhârī et Muslim)
Cela prouve que le Prophète ﷺ opérait une distinction entre croyant et musulman, ce qui démontre que la foi est plus spécifique que l’islam. (Fin de la citation d’Ibn Kathīr)
Règle d’usage des deux termes
Lorsque le terme « foi » (īmān) est mentionné seul, il comprend également l’islam. De même, lorsque « islam » est mentionné seul, il inclut la foi. Cependant, lorsqu’ils sont cités ensemble, chacun revêt une signification particulière et indépendante. Cette règle est exprimée ainsi : « Lorsqu’ils sont mentionnés séparément, ils se rejoignent ; lorsqu’ils sont mentionnés ensemble, ils se distinguent. »
Allāh est plus Savant.