Le destin des personnes n’ayant eu accès à aucun message prophétique, connues sous le nom d’Ahl al-fatrah, est une question théologique importante en Islam. Comment la justice divine s’exerce-t-elle envers ceux qui n’ont jamais entendu l’appel de l’Islam ou des messages antérieurs ? Voici les explications des savants.
Cheikh Ahmad Kutty, enseignant et savant musulman à l’Institut islamique de Toronto, dans l’Ontario au Canada, déclare :
« Allah nous dit dans le Coran :
Celui-ci leur indique ce qu’ils doivent accomplir et leur interdit ce dont ils doivent s’abstenir. En se fondant sur les nombreux versets coraniques allant dans ce sens, de grands savants tels que l’imam Al-Ghazali ont affirmé que les personnes qui n’ont jamais entendu le message du Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) ne seront pas châtiées pour ne pas l’avoir accepté. Punir des personnes parce qu’elles n’ont pas accepté un message dont elles ne savaient rien serait totalement contraire à la justice divine, qui est parfaite et incontestable.
S’il est vrai qu’elles ne seront pas punies pour ne pas avoir accepté le message du Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui), il ne faut cependant pas en conclure qu’elles sont entièrement dégagées de toute responsabilité pour leurs actes.
Allah nous indique à plusieurs reprises dans le Coran qu’Il a envoyé à chaque peuple un messager porteur de la bonne direction, et que chaque messager s’exprimait dans la langue du peuple auquel il était envoyé.
Il nous est également enseigné qu’Allah a créé chaque être humain avec une connaissance innée de ce qui est bon et de ce qui est mauvais. Chacun est donc responsable de cultiver les vertus que sa nature reconnaît comme bonnes et de s’éloigner des comportements qu’elle juge abominables.
(Voir Ash-Shams, 91 : 7-9)
En conclusion, ceux qui n’ont pas entendu le message du Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) seront jugés par Allah selon le message qu’ils ont reçu des prophètes et des messagers antérieurs qui leur avaient été envoyés, ainsi que selon le discernement inné entre le bien et le mal inscrit dans leur propre nature. »
À la lumière de ce qui précède, il apparaît clairement que les prophètes venus avant l’islam et les peuples auxquels ils furent envoyés n’étaient pas tenus de suivre la charia islamique, même si tous les messages divins antérieurs appelaient au monothéisme et à la soumission à Allah, qui constituent le cœur et l’essence de l’islam.
Les peuples ayant vécu avant l’avènement de l’islam étaient donc tenus de suivre la voie qui leur avait été transmise par leurs prophètes et leurs messagers.
L’avis de Cheikh `Atiyyah Saqr sur les Ahl al-Fatrah
Cheikh `Atiyyah Saqr, ancien président du Comité des fatwas d’Al-Azhar, déclare également :
« Les personnes ayant vécu à une époque durant laquelle aucun prophète ne leur avait été envoyé par Allah sont connues sous le nom d’Ahl al-Fatrah.
Les personnes décédées avant l’avènement de l’islam entreront au Paradis si elles avaient cru aux messages divins qui leur étaient parvenus. En revanche, celles qui avaient rejeté ces messages sont considérées comme mécréantes et n’entreront pas au Paradis.
Les savants musulmans divergent toutefois au sujet des personnes qui, au cours de leur vie, n’ont eu accès à l’appel d’aucun prophète.
Certains savants estiment que ces personnes auraient dû méditer sur la création d’Allah jusqu’à parvenir à la vérité. Si leur réflexion profonde les a conduites à celle-ci, elles seront préservées du châtiment d’Allah ; dans le cas contraire, elles ne le seront pas.
D’autres savants affirment que les êtres humains ne sont tenus d’observer les prescriptions religieuses et de proclamer la foi que lorsqu’Allah, le Très-Haut, leur fait parvenir une législation divine par l’intermédiaire d’un messager ou d’un prophète. Ils fondent leur opinion sur le verset suivant :
“Nous ne châtions jamais avant d’avoir envoyé un messager.” (Al-Isra’, 17 : 15)
En conclusion, nous souhaitons attirer l’attention de l’auteur de la question sur le fait qu’une telle interrogation ne constitue pas un élément essentiel de la législation islamique et que ce genre de questions ne devrait pas préoccuper excessivement l’esprit du musulman.
Le sort de ces personnes, appelées Ahl al-Fatrah, relève en définitive d’Allah, le Très-Haut, qui les jugera selon leurs actes. »