La facilite juridique pour le Hajj est une question devenue centrale face aux défis logistiques et sécuritaires du pèlerinage moderne. La saison du Hajj de cette année est arrivée, ravivant de nombreuses questions qui ne sont soulevées et discutées qu’à l’occasion du pèlerinage. Parmi les plus importantes figurent sans doute celles qui concernent certaines fatwas et interrogations liées à des situations nouvelles apparues dans le Hajj, ainsi qu’à des règles juridiques relatives à des rites essentiels : le jugement sur le jet des cailloux avant Az-Zawal — c’est-à-dire avant le déclin du soleil après son zénith, vers midi —, certaines interdictions contemporaines liées à l’ihram, l’avancement ou le report de certains rites, et d’autres questions semblables suscitées par l’évolution des circonstances et la complexité de la vie contemporaine.
À mesure que nous constatons les progrès considérables réalisés dans les services offerts aux pèlerins et la facilité avec laquelle les rites du Hajj peuvent être accomplis, quelle que soit la distance parcourue par le pèlerin pour atteindre La Mecque, nous constatons également l’augmentation continue du nombre de pèlerins. Cela entraîne souvent une forte densité humaine, des encombrements violents et des perturbations manifestes lors de l’accomplissement de certains rites.
Cette réalité a conduit de nombreux savants et muftis à renouveler leur ijtihad — l’effort juridique visant à déduire des règles qualifiées — sur plusieurs questions. Elle a également entraîné des divergences avec certains avis célèbres adoptés par des madhhabs bien établis, c’est-à-dire des écoles de jurisprudence. Ces évolutions visent à faciliter les choses aux gens, à écarter la gêne et le préjudice qui peuvent les atteindre, et à appliquer la jurisprudence de la facilitation aux règles du Hajj et à ses conditions contemporaines.
La nécessité d’une jurisprudence souple
Il y aurait préjudice, difficulté, et peut-être même perte de nombreuses vies pendant le Hajj si les juristes s’en tenaient strictement aux avis des grands juristes du passé, ou s’ils émettaient des fatwas sans tenir compte du changement des conditions, des circonstances et des sociétés. Par exemple, le jet des cailloux durant les jours de Tashriq — les 11e, 12e et 13e jours de Dhul-Hijjah — commence à partir d’Az-Zawal et se poursuit jusqu’au coucher du soleil. La majorité des juristes considèrent que le jet des cailloux après le coucher du soleil n’est pas valide. Cependant, de nombreux chercheurs et organismes de fatwa estiment qu’il est permis aux pèlerins de jeter les cailloux de nuit, afin de faciliter ce rite. En effet, l’encombrement rend très difficile pour tous les pèlerins de l’accomplir durant la journée.
La nécessité de réexaminer les règles relatives au jet des cailloux avant Az-Zawal apparaît peut-être encore plus urgente, en particulier pour les pèlerins qui souhaitent quitter Mina le deuxième jour de Tashriq, en raison de la grande gêne et des contraintes observées ces dernières années.
Outre le principe général consistant à suivre la Sunnah du Prophète Muhammad — paix et bénédictions sur lui — qui a dit : « Apprenez de moi vos rites », il est tout à fait clair que la règle fondamentale du Hajj repose sur la levée de la gêne et la facilitation pour les pèlerins. Le Prophète a également dit : « Fais-le, et il n’y aura aucun mal pour toi. »
Le principe de facilitation fut aussi adopté par certains Tabi‘in, la génération qui suivit celle des Compagnons. Il convient de souligner qu’il s’agissait également de l’approche des savants hanafites et de certains juristes contemporains.
La jurisprudence de la facilitation implique-t-elle du laxisme ?
La jurisprudence de la facilitation ne signifie ni apostasie, ni laxisme, ni négligence à l’égard des règles de la Shari‘ah. Elle constitue plutôt une discipline encadrée, un domaine juridique étudié avec rigueur, une attitude responsable dans l’émission des fatwas et une voie exemplaire dans la pratique religieuse. La facilitation et la levée des contraintes au bénéfice des musulmans sont permises, à condition qu’elles ne contredisent pas des textes explicites et catégoriques, ni un consensus substantiel des juristes musulmans, et qu’elles s’inscrivent dans les principes généraux de la Shari‘ah et ses finalités globales. Les changements de lieu, de temps, de conditions et de circonstances méritent pleinement d’être pris en considération lors de l’émission des fatwas.
En effet, les temps d’épreuves et de catastrophes ne sont pas comparables aux temps de stabilité et d’aisance ; la situation de ceux qui vivent dans la peur n’est pas semblable à celle de ceux qui jouissent de la sécurité. De même, celui qui agit sous l’effet d’une nécessité particulière ou d’un besoin pressant n’est pas comparable à celui qui vit dans le confort et la prospérité.
Telle était la guidance du Prophète. Il recommandait souvent à ses Compagnons : « Facilitez les choses aux gens et ne les rendez pas difficiles ; annoncez-leur de bonnes nouvelles et ne les repoussez pas. »!– /wp:paragraph –>
Allah Tout-Puissant décrit le Prophète en disant :
{Et Nous ne t’avons envoyé qu’en miséricorde pour les mondes.} (An-Anbiyaa’ 21:107)
Dans ce contexte, ‘Umar ibn Ishaq a dit : « Le nombre de Compagnons du Prophète — paix et bénédictions sur lui — que j’ai rencontrés est supérieur au nombre de ceux que je n’ai pas rencontrés, et j’ai constaté que nul n’était plus souple dans sa manière de vivre ni plus tolérant qu’eux. »
De plus, Sufyan ibn ‘Uyaynah rapporte que Ma‘mar a dit : « C’est un signe de la science solide d’un savant digne de confiance que de l’entendre rapporter une rukhsah — une permission ou un allègement —, car les avis stricts, tout le monde sait les maîtriser. »
Il n’est donc pas étonnant que la grande règle juridique dans ce domaine affirme que les difficultés appellent la facilitation. N’est-il pas temps, dès lors, de reconnaître que les difficultés rencontrées par les pèlerins exigent une facilitation dans notre jurisprudence contemporaine ?
Par Dr Misfir bin ‘Ali Al-Qahtani
