Le Coran est la parole de Dieu, révélée au Prophète Muhammad (paix et bénédictions soient sur lui) et préservée à la fois oralement et par écrit par ses Compagnons. En dehors du Coran, tout ce que le Prophète a prononcé ou fait a également été préservé par les Compagnons. Ainsi, la Sunna comprend les paroles du Prophète (paix et bénédictions soient sur lui), communément appelées hadiths, ses pratiques, ainsi que les actes qui ont reçu son approbation. Le Coran et la Sunna entrent tous deux sous un même titre : wahy (révélation ou inspiration). La différence entre les deux est que le Coran est une révélation récitée (matluw) dans la prière rituelle (salâh), tandis que la Sunna n’est pas récitée dans la prière rituelle. L’importance de la Sunna comme seconde source de l’Islam est abordée au chapitre 2.
Les preuves d’une révélation parallèle au Coran
Nous allons, tout d’abord, établir que le Prophète (paix et bénédictions soient sur lui) n’a pas seulement reçu de Dieu les versets du Coran, mais qu’il a également reçu, de temps à autre, une autre révélation qui est aujourd’hui préservée sous forme de hadiths. Les exemples suivants montrent comment le Coran lui-même fait référence à cette révélation :
Dieu le Très-Haut ordonna au Prophète (paix et bénédictions soient sur lui) de tourner son visage vers la Ka`bah à La Mecque dans ses prières quotidiennes, au lieu de Jérusalem :
[Certes, Nous te voyons tourner ton visage en tous sens dans le ciel. Nous te ferons donc tourner vers une direction de prière qui te plaira. Tourne donc ton visage vers la Mosquée sacrée. Où que vous soyez, tournez-y vos visages.] (Al-Baqarah 2:144)
Mais pourquoi le Prophète (paix et bénédictions soient sur lui) se tournait-il vers Jérusalem avant cela ? Le verset précédent montre que c’est Dieu Lui-même qui avait désigné Jérusalem comme première qiblah pour le Prophète (paix et bénédictions soient sur lui) :
[Et ce n’est que pour distinguer celui qui suit le Messager de celui qui tourne sur ses talons que Nous avions institué la direction vers laquelle tu te tournais auparavant.] (Al-Baqarah 2:143)
La désignation de la première qiblah est évoquée comme un fait passé. Mais il n’existe aucun verset dans le Coran ordonnant, au début de sa mission, au Prophète (paix et bénédictions soient sur lui) de se tourner vers Jérusalem. Le Prophète (paix et bénédictions soient sur lui) a donc nécessairement reçu cette directive de Dieu sous une forme autre que le Coran. Comme nous l’avons dit, cette révélation parallèle est préservée dans la Sunna.
Dans la sourate At-Tahrîm, un incident particulier est mentionné :
[Quand le Prophète confia un secret à l’une de ses épouses et qu’elle l’eut divulgué, et qu’Allah l’en eut informé, il en fit connaître une partie et passa sur une partie. Puis, lorsqu’il l’en eut informée, elle dit : “Qui t’en a informé ?” Il dit : “C’est Celui qui sait tout, qui est parfaitement connaisseur (de toutes choses) qui m’en a informé.”] (At-Tahrîm 66:3)
Nous devons réfléchir avec attention aux expressions : « Allah l’en eut informé » et « C’est Celui qui sait tout, qui est parfaitement connaisseur qui m’en a informé ». La question est : comment Allah l’en a-t-Il informé ? Certainement pas par le Coran, puisqu’il n’y a aucune mention de cela ailleurs dans le Livre de Dieu. Le Prophète (paix et bénédictions soient sur lui) a donc été informé par une révélation divine qui ne fait pas partie du Coran.
Dans la sourate Al-Hashr, il est fait référence à l’expédition contre la tribu juive rebelle de Banû An-Nadîr, lors de laquelle les musulmans coupèrent certains palmiers et en laissèrent d’autres :
[Ce que vous avez coupé de palmiers ou laissé debout sur leurs troncs, c’est avec la permission d’Allah, et c’est afin qu’Il couvre d’ignominie les pervers.] (Al-Hashr 59:5)
Ici, leur acte est attribué à la « permission d’Allah » donnée aux musulmans. Or, nulle part dans le Coran cette permission n’est formulée explicitement. Dieu a donc guidé le Prophète (paix et bénédictions soient sur lui) dans cette affaire, mais non par le biais du texte coranique.
Selon la sourate Al-Qiyâmah, versets 17–18, Dieu a pris sur Lui de rassembler le Coran. Le Prophète (paix et bénédictions soient sur lui) indiqua aux scribes du Coran l’ordre des sourates tel que nous le trouons aujourd’hui, alors qu’il ne correspond pas à l’ordre chronologique de la révélation. Puisque cette collecte relevait de la responsabilité de Dieu, cela indique qu’Il a guidé le Prophète (paix et bénédictions soient sur lui) pour l’ordre des sourates.
Ce ne sont là que quelques exemples parmi d’autres qui ne laissent aucun doute sur le fait que le Prophète (paix et bénédictions soient sur lui) recevait la révélation de Dieu, soit directement, soit par l’intermédiaire de l’ange Jibrîl (Gabriel). Une partie de cette révélation a été préservée mot à mot sous le titre de Coran. Toute autre révélation s’est incarnée soit dans les paroles du Prophète, soit dans ses pratiques, qui ont été soigneusement préservées par les Compagnons sous le nom de Sunna du Prophète Muhammad (paix et bénédictions soient sur lui).
Les différents rôles remplis par la Sunna
La Mère des Croyants `Aïsha (qu’Allah soit satisfait d’elle) fut un jour interrogée : « Quel était le caractère du Prophète ? » Elle répondit : « Son caractère n’était rien d’autre que le Coran. » Ainsi, le Prophète (paix et bénédictions soient sur lui) était l’incarnation vivante du Coran : tout ce qu’il pratiquait ou disait, c’est-à-dire la Sunna, était en lien avec la guidance du Coran.
Examinons à présent le rôle de la Sunna par rapport au Coran.
La Sunna explicite en détail les prescriptions coraniques
Allah dit dans la sourate Al-Baqarah 2:43 : [Accomplissez la prière et acquittez la zakah], et de nombreux autres versets similaires existent. Toutes les questions relatives à la prière, comme le nombre de prières obligatoires par jour, le nombre de rakahs, la récitation dans chaque prière, ainsi que la manière de l’accomplir du début à la fin, sont expliquées par la Sunna. Le Prophète (paix et bénédictions soient sur lui) a dit : « Priez comme vous m’avez vu prier. »
De même, toutes les règles relatives à l’aumône légale (zakah), telles que le seuil minimal à partir duquel elle devient obligatoire, le pourcentage à verser, les types de biens, marchandises et animaux sur lesquels la zakah est due, etc., sont explicitement exposées par la Sunna du Prophète (paix et bénédictions soient sur lui).
Là encore, une vision détaillée du jeûne et du hajj ne peut être trouvée que dans la Sunna, car le Coran n’en traite que de manière concise.
Allah le Très-Haut dit dans la sourate Al-Mâ’idah :
[Le voleur et la voleuse, à tous deux coupez la main : punition venant d’Allah, pour ce qu’ils ont acquis. Allah est Puissant et Sage.] (Al-Mâ’idah 5:38)
La Sunna précise le minimum de biens volés pour que le voleur mérite cette peine, ainsi que la manière dont la main doit être coupée.
Rejeter la Sunna, comme l’appellent certains « musulmans » égarés, reviendrait à livrer le Coran à un mélange confus d’interprétations inspirées par les passions individuelles, lesquelles proviennent bien souvent du diable. Par exemple, celui qui n’accepte pas la démonstration pratique de la prière rituelle donnée par le Prophète (paix et bénédictions soient sur lui) réduira la salâh à une caricature, en la pratiquant comme bon lui semble. Mais comment un musulman peut-il adorer Dieu s’il ne connaît pas la manière dont Dieu veut être adoré ?
La Sunna peut fixer un sens précis lorsqu’un terme coranique comporte plusieurs significations possibles
Allah le Très-Haut dit :
[Ceux qui ont cru et n’ont pas mêlé à leur foi de zhulm, ceux-là ont la sécurité, et ce sont eux les bien-guidés.] (Al-An`âm 6:82)
L’imam Al-Bukhari rapporte que certains Compagnons du Prophète (paix et bénédictions soient sur lui) comprirent le mot zhulm dans son sens général : « commettre une injustice, un tort, un péché ». Ils furent donc préoccupés et dirent : « Lequel d’entre nous n’a jamais commis de tort ? » Le Prophète (paix et bénédictions soient sur lui) les rassura en expliquant que zhulm, ici, signifie « commettre du shirk » (associer à Allah des partenaires dans le culte ou la croyance ou les deux ; idolâtrie ; polythéisme), comme dans la sourate Luqmân :
[Le polythéisme est certes un immense zhulm (injustice).] (Luqmân 31:13)
Allah le Très-Haut dit dans la sourate At-Tawbah :
[Ceux qui thésaurisent l’or et l’argent et ne les dépensent pas dans le chemin d’Allah, annonce-leur un châtiment douloureux. Le jour où ces trésors seront portés à incandescence dans le feu de l’Enfer et qu’avec eux seront marqués leurs fronts, leurs flancs et leurs dos.] (At-Tawbah 9:34)
En arabe, le mot kanz signifie un trésor, petit ou grand. Le verset semble donc condamner toute personne qui amasse n’importe quelle somme sans la dépenser dans le chemin d’Allah. Avec cette compréhension, `Umar (qu’Allah soit satisfait de lui) interrogea le Prophète (paix et bénédictions soient sur lui) sur ce verset. Le Prophète lui répondit qu’une fois la zakah due sur le trésor acquittée, ce bien n’est plus considéré comme kanz (rapporté par Ibn Mâjah).
Les propos du Prophète expliquent en détail certains événements historiques évoqués brièvement dans le Coran
Allah dit dans la sourate Al-Anfâl :
[Et lorsque Allah vous promettait qu’une des deux troupes serait à vous, vous souhaitiez vous emparer de celle qui était sans armes, tandis qu’Allah voulait faire triompher la vérité par Ses paroles et exterminer jusqu’au dernier des mécréants.] (Al-Anfâl 8:7)
Quelles sont ces deux troupes ? Laquelle était sans armes ? Ce sont les livres de Hadith qui nous apportent les détails relatifs à la bataille de Badr, événement auquel renvoient ces versets.
Dans la sourate At-Tawbah, nous lisons :
[(Allah est revenu en grâce) aux trois qui avaient été laissés à l’arrière.] (At-Tawbah 9:118)
Qui étaient ces trois hommes, et pourquoi étaient-ils restés en arrière ? Là encore, les livres de Hadith donnent l’explication.
La sourate Abasa commence par ces paroles :
[Il s’est renfrogné et détourné, parce que l’aveugle est venu à lui.] (Abasa 80:1–2)
Qui s’est renfrogné et détourné, et pourquoi ? Qui était cet aveugle ? Les détails sont fournis par les ouvrages de Hadith.
La Sunna peut préciser des exceptions à une prescription générale
Dans la sourate An-Nisâ’, la part d’héritage des enfants est donnée :
[Allah vous enjoint, au sujet de vos enfants…] (An-Nisâ’ 4:11)
Le Prophète (paix et bénédictions soient sur lui) a expliqué que l’enfant musulman d’un non-musulman, l’enfant non-musulman d’un musulman, ainsi que celui qui a tué son propre parent, ne peuvent pas hériter.
Le Coran déclare illicites la chair de la bête morte et le sang (Al-Mâ’idah 5:3). Le Prophète (paix et bénédictions soient sur lui) a exempté de la catégorie de « bête morte » le poisson et les criquets, et du sang le foie et la rate.
La Sunna peut déduire une règle analogue dans un cas similaire
Dans la sourate An-Nisâ’, Allah dit :
[Il vous est interdit d’avoir deux sœurs en mariage en même temps…] (An-Nisâ’ 4:23)
Le Prophète (paix et bénédictions soient sur lui) a déclaré qu’il est également interdit d’épouser une femme et sa tante (paternelle ou maternelle) dans un même lien matrimonial.
L’alcool est déclaré illicite par Allah le Très-Haut (Al-Mâ’idah 5:93). Le Prophète (paix et bénédictions soient sur lui) a étendu cette interdiction à toute substance enivrante à forte dose, même lorsqu’elle est consommée en petite quantité.
Le Prophète a donné des prescriptions supplémentaires sur un certain nombre de sujets
L’une des nombreuses missions du Messager (paix et bénédictions soient sur lui) était d’indiquer aux croyants ce qui est licite (halal) et ce qui est illicite (haram) (Al-A`râf 7:157). Par exemple, il a interdit la consommation de la viande d’âne domestique, de chien, des bêtes dotées de crocs (prédateurs) et des oiseaux de proie. Il a également rendu l’or et la soie haram pour les hommes musulmans, tout en les rendant halal pour les femmes musulmanes.
Par Sheikh Suhaib Hasan
