L’attente et l’apparition du mahdi suscitent de nombreuses interrogations, et parfois même des confusions, au sein de la communauté musulmane. Entre mythes, superstitions et textes authentiques, quelle est la véritable position de l’orthodoxie sunnite sur cet événement marquant de la fin des temps ? Voici une mise au point éclairante fondée sur la jurisprudence islamique.

De nombreux hadiths ont été rapportés au sujet du Mahdi. Certains sont fabriqués, d’autres faibles, acceptables ou authentiques. Toutefois, les hadiths authentiques relatifs à cette question sont très peu nombreux.

Après les avoir examinés, les juristes musulmans ont conclu que l’apparition du Mahdi est une réalité qui ne doit pas être niée. Il naîtra avant la fin de ce monde, grandira, puis remplira la terre de justice après qu’elle aura été remplie d’oppression.

Cela ne signifie cependant pas que les musulmans doivent attendre son apparition avec inquiétude, car celle-ci n’abrogera aucune règle de la charia islamique.

Ainsi, celui qui néglige ses devoirs sous prétexte qu’il attend le Mahdi pour suivre sa voie s’est écarté du droit chemin que les musulmans doivent emprunter.

Il convient également de souligner que nul ne sait quand le Mahdi apparaîtra, même s’il a été rapporté que son apparition aura lieu vers la fin des temps. Surtout, il n’existe aucun lien entre l’apparition du Mahdi et l’ouragan Katrina. Prétendre qu’un tel lien existe en se fondant sur une intuition ou un « sixième sens » ne repose sur aucune preuve tirée du Coran ou de la Sunnah.

La position islamique et l’authenticité des hadiths

Clarifiant la position islamique concernant les hadiths relatifs au Mahdi et leur degré d’authenticité, l’éminent savant saoudien Cheikh Salman Ibn Fahd Al-`Udah déclare ce qui suit :

« Plus d’une centaine de hadiths ont été rapportés au sujet du Mahdi. Ils sont de degrés divers : certains sont fabriqués, d’autres faibles, acceptables ou authentiques. Les hadiths authentiques sont toutefois très peu nombreux.
Parmi eux figurent les suivants :

  1. `Ali Ibn Abi Talib rapporte que le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a dit :
    “Le Mahdi est des nôtres, de la famille du Prophète (paix et bénédictions sur lui). Allah le réformera en une seule nuit.”
    (Rapporté par l’imam Ahmad et Ibn Majah)
  2. Trois hadiths ont été rapportés d’après Abu Sa`id Al-Khudri — qu’Allah l’agrée. Ils ont été transmis par Al-Hakim, et certains d’entre eux également par Abu Dawud, At-Tirmidhi, Ibn Majah, l’imam Ahmad et d’autres.
    At-Tirmidhi rapporte notamment que le Prophète a dit :
    “Le Mahdi fera partie de ma communauté. Il vivra et gouvernera pendant cinq, sept ou neuf années. Une personne viendra lui demander : ‘Donne-moi’, et il remplira son vêtement de ce dont elle aura besoin.”
  3. Abu Dawud rapporte également que le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a dit :
    “Le Mahdi sera de ma descendance. Il aura le front large et le nez proéminent. Il remplira la terre d’équité et de justice après qu’elle aura été remplie d’oppression et de tyrannie, et il gouvernera pendant sept années.”
  4. Il existe aussi un hadith rapporté par Thawban — qu’Allah l’agrée — dans lequel le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a dit :
    “Si vous voyez les étendards noirs surgir du Khorasan, rejoignez leurs partisans, même en rampant, car parmi eux se trouvera le calife Al-Mahdi.”
    Ce hadith a été rapporté par Al-Hakim et Ahmad. Cependant, toutes ses chaînes de transmission sont faibles, bien que certains spécialistes du hadith l’aient considéré comme acceptable dans son ensemble.
    Certaines personnes ont affirmé que ce hadith prouvait que le Mahdi apparaîtrait au sein de l’État abbasside. Il est possible que ce hadith ait été entièrement fabriqué ou que ses termes aient été modifiés afin de soutenir la dynastie abbasside.
    J’ajoute qu’il existe des hadiths relatifs au Mahdi qui sont globalement fondés, mais que la plupart n’atteignent pas le degré de l’authenticité. Il se peut qu’un seul d’entre eux soit véritablement authentique. Seul un petit nombre est considéré comme acceptable, tandis que la majorité est faible.

L’analyse historique et savante

De nombreux savants ont traité de la question du Mahdi. Parmi eux figure Naim Ibn Hammad, qui lui a consacré une partie de son ouvrage Al-Fitan. Bien que Naim fût un imam de la Sunnah, Ad-Daraqutni, Adh-Dhahabi et Ibn Hajar ont indiqué qu’il avait rapporté certains hadiths faibles et fabriqués.
D’autres ont également écrit sur le Mahdi, notamment Abu Nuaym Al-Asfahani et Yusuf Ibn Yahya As-Sulami, auteur de l’ouvrage intitulé Uqad Ad-Durar.
Ibn Khaldun a lui aussi abordé ce sujet dans son célèbre ouvrage Al-Muqaddimah. Il y affirme :
“Il est bien connu auprès de la majorité des musulmans que le Mahdi est une réalité.”
Il ajoute que la majorité des savants et des imams ont globalement retenu les hadiths rapportés au sujet du Mahdi, même si nombre d’entre eux ont fait l’objet de discussions.
De nombreux savants contemporains ont également reconnu, d’une manière générale, la véracité des hadiths relatifs au Mahdi.
D’autres savants ont cependant rejeté l’ensemble des hadiths rapportés à ce sujet. Parmi eux figure Mujahid, qui soutenait que le Mahdi serait Jésus, fils de Marie. Ibn Majah et Al-Hakim ont rapporté à ce propos un hadith faible affirmant que le Mahdi serait Jésus, fils de Marie.
Parmi les savants contemporains qui reconnaissent globalement les hadiths relatifs au Mahdi figurent Cheikh Muhammad Rashid Rida, Cheikh Abdullah ibn Zayd Aal-Mahmud, Muhammad Muhyi Ad-Din Abdul-Hamid et d’autres.

La véritable attitude du croyant face à l’invisible

Les musulmans appartenant à Ahl As-Sunnah croient qu’un homme issu de la famille du Prophète naîtra avant la fin de ce monde et mènera une vie ordinaire comme les autres. Il pourra commettre des erreurs et aura besoin d’être réformé, comme tout autre être humain. Allah le choisira ensuite afin de réunifier les musulmans et de les guider vers le droit chemin.
Voilà tout ce qu’il convient de croire au sujet du Mahdi. Aucun texte religieux n’ordonne de l’attendre avec anxiété. Les musulmans ne doivent pas non plus croire toute personne prétendant être le Mahdi, à moins qu’il n’existe des preuves claires en ce sens, car beaucoup ont déjà formulé une telle prétention.
Les musulmans ne doivent donc pas se précipiter pour croire quiconque affirme être le Mahdi. Ils doivent enquêter et vérifier soigneusement cette affirmation.
Aucune règle de la charia islamique ne dépend de l’apparition du Mahdi. Autrement dit, les musulmans ne doivent pas reporter l’accomplissement de leurs devoirs religieux, tels que les prières collectives, le jihad, l’application des peines prescrites par la charia ou d’autres obligations, en attendant que le Mahdi vienne les guider.
Ils doivent vivre normalement : adorer Allah, travailler, réformer leur société, apprendre, enseigner et accomplir leurs responsabilités. Si le Mahdi apparaît et qu’ils acquièrent la certitude de sa sincérité, ils devront alors le suivre.
Telle fut l’attitude des Compagnons et de ceux qui suivirent véritablement leur voie. »