Pour bien comprendre la foi islamique et ses fondements, il est essentiel d’étudier la nature et l’autorité du Coran en tant que parole divine préservée.

Les musulmans croient que le Coran, dans son intégralité, est la parole d’Allah révélée au Prophète Muhammad — paix et bénédictions sur lui — sur une longue période, et qu’il est préservé de toute forme de corruption et d’altération.

Il existe de nombreuses preuves que le Coran est une révélation d’Allah. Je résumerai ici les plus importantes. Premièrement, le Prophète Muhammad distinguait clairement et nettement ses propres paroles de celles d’Allah. À aucun moment il ne s’est attribué le Coran, bien que cela eût été un honneur de pouvoir revendiquer la paternité d’un livre aussi unique.

La consignation et la réception de la Révélation

Deuxièmement, le Prophète veillait à faire consigner le texte du Coran immédiatement après l’avoir reçu d’Allah. Afin de préserver la distinction entre ses propres paroles et la parole d’Allah, il avertit les gens de ne pas écrire ses propos prophétiques, de peur qu’ils ne se mêlent aux paroles d’Allah. Muhammad ordonna même aux gens d’effacer tout ce qu’ils avaient écrit de ses propres paroles et qui ne faisait pas partie du Coran.

Troisièmement, lorsque le Coran lui était révélé par Allah, cette révélation s’accompagnait chez lui de changements psychologiques et physiques : son visage rougissait, son corps tremblait et il transpirait. Cela était observé par les personnes présentes. En revanche, lorsqu’il parlait de sa propre initiative, rien de tel ne se produisait. S’il avait été un auteur ordinaire, il n’y aurait pas eu une telle différence dans l’effet produit sur son esprit et son corps selon ce qu’il était en train de transmettre. Un homme peut passer de la prose à la poésie sans que de tels effets visibles apparaissent. Et si l’on considère la vie du Prophète avant qu’il ne reçoive la révélation, il ne connaissait pas de tels changements.

Dans ce contexte, je voudrais préciser que certains, intéressés par l’analyse de ces changements chez le Prophète, l’ont diagnostiqué comme épileptique. Ils ont oublié que le Prophète était pleinement conscient de ce qu’il disait et qu’il pouvait se souvenir ensuite de toute l’expérience. Il n’est pas nécessaire de s’attarder sur leur théorie, puisqu’elle est aujourd’hui entièrement discréditée.

L’inimitabilité de la parole d’Allah

Quatrièmement, la parole d’Allah possède un caractère distinctif et ne ressemble pas aux paroles propres de Muhammad lorsque l’on compare les deux. Même lorsque les paroles de Muhammad atteignent le sommet de l’éloquence humaine, elles ne peuvent être comparées aux paroles du Coran. Le Coran, par rapport à elles, est semblable au soleil comparé aux étoiles.

Cinquièmement, le Coran est miraculeux, contrairement aux propres paroles de Muhammad. Tous les êtres humains et les djinns furent défiés de produire quelque chose d’équivalent au Coran [1], mais personne ne fut défié d’égaler les hadiths de Muhammad.

Dès le commencement, les musulmans furent pleinement conscients de la distinction entre les paroles d’Allah et celles de Muhammad. Ils introduisent les paroles d’Allah par : « Allah dit… », et les hadiths de Muhammad par : « Le Prophète dit… »

La récitation : une distinction claire

Sixièmement, les musulmans distinguent entre les paroles d’Allah et celles du Prophète lorsqu’ils les récitent à voix haute. Ils emploient un ton différent pour les paroles d’Allah.

Le Prophète décrivit certains de ses Compagnons comme ayant une « voix agréable » lorsqu’ils récitaient le Coran, et lui-même leur demandait souvent de lui en faire la récitation. Un jour, il passa près de la maison d’Abu Musa Al-Ash‘ari et l’entendit réciter le Coran. Il s’arrêta pour écouter. Le Prophète fut touché par la beauté de sa voix. Lorsqu’ils se rencontrèrent pendant la prière du matin, le Prophète lui dit qu’il avait écouté sa récitation la nuit précédente. L’homme répondit : « Si j’avais su que tu m’écoutais, je l’aurais récité pour toi d’une manière encore plus belle. »[2] Sa voix était naturellement douce.

Un jour, le Prophète demanda à Ibn Mas‘ud de lui réciter le Coran. Celui-ci dit au Prophète : « Dois-je te le réciter alors que c’est à toi qu’il a été révélé ? » Le Prophète répondit : « J’aime l’entendre de la bouche d’autrui. »

Ibn Mas‘ud récita alors la sourate An-Nisaa’ devant le Prophète. Lorsqu’il parvint au verset signifiant : « Qu’en sera-t-il donc lorsque Nous ferons venir de chaque communauté un témoin, et que Nous te ferons venir, ô Muhammad, comme témoin contre ceux-ci ? » (An-Nisaa’ : 41), le Prophète lui demanda de s’arrêter, en disant : « Cela suffit. » Le récitant regarda alors le visage du Prophète et vit que ses yeux étaient remplis de larmes.[3]

Cela démontre clairement non seulement la distinction entre le Coran et les hadiths du Prophète, mais aussi la manière précise dont les musulmans ont appris le Coran.

Par Dr Muhammad Abu Laylah