La personnalité humaine dans le Coran est édifiée sur des principes de stabilité intérieure et d’équilibre moral, permettant à l’individu de rester ferme face aux épreuves.

Les orientations du Noble Coran appellent à une édification intérieure de l’être humain : son cœur, ses émotions, sa volonté. Lorsque l’homme parvient à l’équilibre, à la modération, et à la stabilité sur la voie droite qu’Allah lui a tracée, il devient alors apte à affronter les difficultés, les crises, et les aléas de la vie, qu’il s’agisse de richesse ou de pauvreté, de santé ou de maladie, ou d’autres épreuves de l’existence.

La personnalité que le Coran souhaite façonner est celle de l’être qui ne s’enorgueillit pas lorsqu’il obtient ce qu’il désire des jouissances éphémères de ce monde — comme Qārūn qui s’exaltait de ses richesses, ignorant les lois divines qui régissent les destinées similaires à la sienne. Ce n’est pas non plus une personnalité qui sombre dans une tristesse accablante lorsqu’elle perd ce qu’elle possède ou ce vers quoi elle aspire. Elle ne se laisse pas griser par le pouvoir lorsqu’il lui est confié, ni ne se résigne à la bassesse ou à l’humiliation face aux épreuves de la vie.

La réaction face aux bienfaits et aux malheurs

Allah ﷻ dit: « Et si Nous faisons goûter à l’homme une miséricorde de Notre part, puis que Nous la lui retirons, le voilà désespéré et ingrat. Et si, après qu’un malheur l’ait touché, Nous lui faisons goûter un bienfait, il dira : “Les maux se sont éloignés de moi.” Le voilà plein d’orgueil, vaniteux ! Sauf ceux qui sont patients et accomplissent les bonnes œuvres : ceux-là auront un pardon et une énorme récompense. » (Sourate Hūd, v.9-11)

Les exégètes ont expliqué que la miséricorde désigne ici tout bienfait dont l’homme tire avantage dans ce monde. Kafūr signifie qu’il est ingrat face aux grâces reçues. An-naʿmāʾ fait référence à la santé, aux biens matériels, et autres bénédictions. Lorsque l’homme affirme : « les maux se sont éloignés de moi », il entend que cela s’est produit par hasard, ou par ses propres moyens, ou encore à travers des croyances erronées, niant ainsi que la délivrance soit un don d’Allah.

Ces versets révèlent que de telles réactions font partie de la nature humaine, sauf chez ceux qu’Allah a exemptés : ceux qui ont appris, à travers leur foi, la patience dans l’adversité, la gratitude dans l’aisance, et dont la motivation réside dans l’amour d’Allah et la foi au Jour Dernier.

Une personnalité ferme, stable et confiante

Le Coran appelle le croyant à bâtir une personnalité forte, ferme, que les épreuves ne secouent pas, que les incidents ne brisent pas au point de le paralyser, de le plonger dans l’errance ou la confusion.

Allah ﷻ dit: « Ceux qui disent : “Notre Seigneur est Allah”, puis se tiennent dans la droiture (istiqāmah), les anges descendent sur eux [et disent] : “N’ayez aucune crainte et ne soyez pas affligés ; réjouissez-vous du Paradis qui vous a été promis.” » (Sourate Fuṣṣilat, v.30)

C’est-à-dire : ne craignez pas ce qui vous attend dans votre avenir, ni ne vous attristez pour ce que vous avez manqué. Les sentiments de tristesse, de chagrin, de détresse sont improductifs et ne résolvent aucun problème.

La stabilité face aux crises de société

Ibn Taymiyya رحمه الله a dit: « Nombreux sont ceux qui, lorsqu’ils voient des injustices ou des changements dans les valeurs de l’islam, se laissent aller à la panique et aux lamentations, comme ceux qui se désolent lors des épreuves. Or cela est blâmé. Le croyant est plutôt tenu de patienter, de faire preuve de confiance en Allah, et de demeurer ferme dans l’islam, car l’issue favorable appartient aux pieux. »

Dans ce sens, notre poète Iqbāl dit:

Les croyants s’en remettent à la providence de leur Seigneur; Aucune peur ne les effraie, aucun événement ne les afflige. La confiance du noble en son Créateur le hisse au-dessus du temps; La tristesse est un poison mortel : ne buvez pas ce poison funeste.

En effet, le musulman ne connaît pas la tristesse stérile qui le paralyse, qui l’emprisonne dans les plaintes, le regret du passé, ou l’inertie face au présent. Au contraire, il ressent une tristesse constructive — une préoccupation intérieure prolongée qui engendre un sens des responsabilités, l’éloigne des futilités, du luxe et des distractions, et lui inspire la jalousie sacrée pour les limites d’Allah. Alors seulement il mérite l’annonce : « Louange à Allah, qui a écarté de nous la tristesse ! Notre Seigneur est certes Pardonneur et Miséricordieux. » (Sourate Fāṭir, v.34)

La personnalité saine selon le Coran

Dans la formation d’une personnalité humaine équilibrée, Allah ﷻ dit : « Ne détourne pas ton visage des gens par orgueil et ne foule pas la terre avec arrogance. Car Allah n’aime pas tout présomptueux arrogant. » (Sourate Luqmān, v.18)

Le shaykh al-Ghazālī رحمه الله commente: « L’arrogance est un sentiment enfantin de grandeur et de supériorité. Le fait de parler de soi ou de son peuple avec orgueil découle de l’ignorance ou de l’oubli des droits des autres. L’islam mène un combat permanent contre l’orgueil et la suffisance. Le Messager d’Allah a dit : “Allah m’a révélé que vous devez faire preuve d’humilité, au point que personne ne se vante sur un autre.” Et la profondeur de la connaissance ou la rareté d’un don ne devraient être voilées que par le manteau de la servitude envers Allah et la conscience de Sa faveur. » (Al-Maḥāwir al-Khamsa fī al-Qurʾān al-Karīm, p. 206)

Un équilibre moral sans égal

Ces orientations coraniques ont créé chez les musulmans un degré d’équilibre et de pondération sans équivalent dans aucune autre société. Le Coran leur a appris à affronter les difficultés de la vie, à supporter ses contraintes sans se plaindre ni faiblir. Il les a invités à demeurer forts en toute circonstance, enracinés dans leur foi et tournés vers l’au-delà, tout en accomplissant avec vigueur leur rôle sur terre.

Par Muḥammad al-ʿAbda