L’invisible (al-ghayb) est pétri dans la substance même de la croyance islamique. Il occupe un statut particulier dans le domaine de la connaissance que l’être humain a de son Seigneur et de ce qui l’entoure. L’Invisible fait partie intégrante de la vraie foi et de la soumission sincère à Allah.

« Le Messager a cru en ce qui a été descendu sur lui de la part de son Seigneur, et les croyants aussi. Tous ont cru en Allah, en Ses anges, en Ses Livres et en Ses messagers. Nous ne faisons aucune distinction entre Ses messagers. Et ils disent : “Nous avons entendu et nous avons obéi. (Accorde-nous) Ton pardon, notre Seigneur ! Vers Toi est la destination.” » (Al-Baqarah 2 : 285)

L’épreuve de l’Isrâ’ et du Mi’râj

Al-Isrâ’ et Al-Miʿrâj furent un voyage nocturne qui se déroula entièrement de nuit : une nuit d’honneur et d’ascension bénie accordée au Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) à une période critique de la daʿwa islamique naissante. C’est un événement intrinsèquement lié à l’Invisible, car les partisans fidèles du Prophète furent soumis à une épreuve décisive lorsqu’ils entendirent parler de cette nuit bénie.

Le premier verset qui évoque Al-Isrâ’ accorde un statut particulier à la vue et à l’ouïe comme instruments nécessaires de la perception :

« Gloire à Celui qui a fait voyager de nuit Son serviteur de la Mosquée sacrée à la Mosquée la plus éloignée dont Nous avons béni l’enceinte, afin de lui faire voir certains de Nos signes. C’est Lui, en vérité, qui est l’Audient, le Voyant. » (Al-Isrâ’ 17 : 1)

Dès nos premières années, on nous enseigne que l’Invisible est ce qui ne se connaît que par as-samʿ (l’audition, le fait d’entendre), et qu’une grande partie de la ʿaqîda porte le nom de samʿiyyât : des questions de croyance reçues par la voie de l’écoute, à partir de la Révélation divine transmise au Prophète (paix et bénédictions sur lui).

Accepter l’Invisible sans réserve

L’Invisible doit être accepté sans réserve par le véritable croyant. Seuls les sceptiques et ceux qui sèment les graines du doute et de l’incroyance attaquent la croyance islamique par cet angle, en répétant le slogan : « Je ne crois que ce que je vois. »

Ces sceptiques furent mis à l’épreuve à travers l’événement de l’Isrâ’ et du Miʿrâj, afin de vérifier leur engagement et leur loyauté envers une foi nouvelle dont l’essentiel relève de l’Invisible. Croiraient-ils en ce qu’ils n’avaient pas vu ? Ou resteraient-ils enfermés dans leurs perceptions stériles et leurs horizons étroits ?

Les vrais croyants demeurèrent loyaux, tandis que ces sceptiques ne parvinrent pas à extirper de leurs cœurs les germes du doute et échouèrent à cette épreuve de foi ; ils se privèrent ainsi eux-mêmes de la lumière divine. C’est comme si Allah avait éprouvé ce petit noyau d’hommes autour du Prophète afin que la communauté musulmane tout entière puisse ensuite repartir sur des bases solides.

Le Parfait Connaisseur de l’Invisible

Al-Isrâ’ et Al-Miʿrâj nous donnent une leçon permanente : croire qu’Allah est le Parfait Connaisseur de l’Invisible – ce monde caché à nos yeux, signe défiant de la création divine, en particulier pour l’être humain.

Le Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) lui-même a affirmé qu’il ne détenait pas la science de l’Invisible, car celle-ci est un domaine exclusivement réservé à Allah. Le Coran l’ordonne de proclamer :

« Si je détenais la connaissance de l’Invisible, j’aurais multiplié pour moi les biens, et aucun mal ne m’aurait touché. Je ne suis qu’un avertisseur et un annonciateur de bonnes nouvelles pour des gens qui croient. » (Al-Aʿrâf 7 : 188)

Le Prophète fut transporté du monde terrestre jusqu’au « lotus de la limite ultime » (An-Najm 53 : 14) et il fut exposé à diverses visions dans un univers totalement invisible pour nous. Il revint ensuite rapporter ces visions aux croyants, afin qu’ils profitent des leçons morales qui en découlent et pour mettre à l’épreuve la solidité de leur croyance.

Ainsi, l’Invisible, dans cette occasion bénie de l’Isrâ’ et du Miʿrâj, fut comme un étalon permettant de mesurer la foi des gens.

Par El-Sayed M. Amin