Un Américain à La Mecque, c’est le récit poignant et immersif de l’expérience du Hajj du converti Michael Wolfe, qui illustre la dimension universelle, pacifique et profondément égalitaire de ce pilier de l’Islam.
Je suis musulman. Je vénère le même Allah que ma mère chrétienne et mon père juif. Allah est simplement le mot arabe qui désigne le Dieu d’Abraham, de Moïse et de Jésus. Ce qui m’attire, notamment, c’est l’absence de prêtres et de rabbins. L’Islam signifie reconnaître l’Unicité d’Allah, s’y soumettre et s’accorder avec l’ordre profond des choses.
En tant que musulman, je sais qu’Allah est plus proche de moi que les veines de mon cou. Chaque année, durant le Hajj, des millions de croyants se rendent à La Mecque. Les pèlerins portent des vêtements simples ; les hommes revêtent deux pièces de tissu non cousues. Ces vêtements sont un symbole. Celui qui les porte s’engage à ne nuire ni aux plantes, ni aux animaux, ni aux autres pèlerins. Pas de disputes, pas de violence. Nous nous engageons à préserver la paix. Ces vêtements sont aussi un puissant facteur d’égalité. Qui pourrait distinguer le riche du pauvre ?
Des millions de pèlerins affluent vers La Mecque
Ici, je rejoins des gens venus de toute la terre, tous ces êtres humains réunis par l’appel d’une idée, par l’Unicité d’Allah. Nous avons laissé derrière nous la vie quotidienne pour venir dans un lieu qui semble à peine appartenir à ce monde, un lieu rempli de la présence presque palpable d’Allah.
Afin de préserver sa sainteté et de protéger les pèlerins, le territoire sacré autour de La Mecque est interdit à tous, sauf aux musulmans. Il se cache dans les montagnes d’Arabie saoudite, à 50 miles de la mer Rouge, dans une ville moderne de 1,2 million d’habitants.
Faire le tour d’un pâté de maisons à La Mecque, c’est faire le tour du monde. Je franchis une porte et, pendant quinze mètres, je suis en Indonésie. Plus loin dans la rue, après quelques boutiques, me voici en Afrique. Le Pakistan se trouve juste au coin de la rue, puis je suis au Bangladesh. L’immense majorité du milliard de musulmans dans le monde — 80 % — vit aujourd’hui en dehors du Moyen-Orient. Ils sont plus de cinq millions aux États-Unis.
Les musulmans accomplissent des rites sacrés
Les rites du Hajj symbolisent l’histoire et les obligations de l’Islam. Avant la prière, les musulmans se lavent, exprimant ainsi la pureté rituelle. La marche autour de la Ka‘bah — cet édifice cubique recouvert de noir, situé dans la Mosquée sacrée — traduit notre désir de placer Allah au centre de notre vie.
Les pèlerins entreprennent également un voyage vers Mina puis vers la plaine de ‘Arafat, à 13 miles de La Mecque. En avançant à pied, nous quittons les rues et les bâtiments de la ville pour les tentes et les tapis posés sur le sable de la plaine aride. Nous renonçons à nos conforts habituels et revenons à l’essentiel.
Dans la plaine de ‘Arafat, nous accomplissons l’obligation centrale du pèlerinage : être là, tous ensemble, de midi jusqu’au coucher du soleil. Il n’y a pas de cérémonie. Nous marchons, nous prions, nous méditons. Le Hajj se déroule à l’intérieur du cœur et des pensées de chacun de nous.
C’est une répétition du Jour du Jugement. Comment rendrons-nous compte de nos actes ? Ai-je fait du tort à quelqu’un ? Ai-je été suffisamment reconnaissant pour les dons simples de la vie : l’eau, la nourriture, les amis, la famille et l’air que je respire ?
Avant de quitter La Mecque, nous visitons la Ka‘bah une dernière fois. Pour la plupart d’entre nous, ce sera notre dernier regard sur ce sanctuaire. Un vieux proverbe dit : avant que vous ne visitiez La Mecque, elle vous appelle ; lorsque vous la laissez derrière vous, elle vous appelle pour toujours.
