Dans la spiritualité musulmane, la figure du wali suscite à la fois un profond respect et de nombreuses incompréhensions. Qui sont véritablement ces alliés d’Allah ? Peuvent-ils intercéder pour nous, de leur vivant ou après leur mort ? Voici l’explication détaillée de la jurisprudence islamique pour préserver sa foi de toute ambiguïté.
La définition théologique et spirituelle
Tout d’abord, il convient de préciser ce qu’est un wali et de déterminer s’il peut procurer un bienfait ou repousser un mal. Cheikh Atiyyah Saqr, ancien président du Comité des fatwas d’Al-Azhar, déclare :
Le terme wali désigne toute personne qui s’acquitte des obligations qu’Allah lui a imposées et qui, de ce fait, bénéficie de Sa protection. Allah dit dans le Coran :
En vérité, les alliés d’Allah n’éprouveront aucune crainte et ne seront point affligés : ceux qui croient et font preuve de piété. (Yunus, 10 : 62-64)
Dans ces versets, Allah, le Très-Haut, décrit les awliya comme étant ceux qui croient et accomplissent leur devoir envers Lui. Cela signifie qu’ils s’acquittent de leurs obligations et accomplissent ce qu’Allah leur a prescrit.
Faire preuve de piété envers Allah consiste à se conformer à Ses commandements et à s’éloigner de ce qu’Il interdit dans tous les domaines de la vie : les pratiques cultuelles, le comportement, les transactions commerciales, entre autres.
La récompense de cet engagement envers Allah est également mentionnée dans le verset :
Ils n’éprouveront aucune crainte et ne seront point affligés.
Cela signifie qu’ils ne doivent ni s’inquiéter de leur avenir ni regretter leur passé. Allah dit également :
Il y a pour eux une bonne annonce dans la vie présente comme dans l’au-delà. (Yunus, 10 : 64)
Cela indique qu’Allah les protège et prend soin d’eux dans cette vie, ainsi que dans l’au-delà, où Il leur accordera une immense récompense.
Le statut des invocations des personnes pieuses
Certaines personnes pieuses méritent tout notre respect et notre considération. Nous devons les respecter, les aimer et leur demander d’invoquer Allah en notre faveur, car les invocations des personnes vertueuses sont susceptibles d’être exaucées par Allah.
Toutefois, il n’est permis de leur demander d’invoquer Allah que de leur vivant. Après leur mort, leur demander de faire des invocations en notre faveur est contraire à la foi authentique.
Feu Cheikh Ibn Baz, éminent savant musulman, a déclaré :
Affirmer que les awliya décédés peuvent procurer un bienfait ou repousser un mal fait partie des propos les plus répréhensibles et relève de la mécréance et de l’association à Allah, le Très-Haut.
En effet, Allah seul peut procurer un bien ou causer un mal, et non les awliya décédés. Allah, Exalté soit-Il, a ordonné au Prophète (paix et bénédictions sur lui) de dire :
Dis : Je ne détiens pour moi-même aucun pouvoir de me procurer un bien ou de repousser un mal, sauf ce qu’Allah veut. (Al-A‘raf, 7 : 188)
Il est évident que les défunts, dont la vie a pris fin et qui ne peuvent plus agir, ne sont capables ni de procurer un bienfait ni de causer un préjudice.
Il en va de même durant leur vie : Allah est le seul à détenir véritablement le pouvoir de nuire ou de procurer un bien, et ils ne peuvent agir qu’avec Sa permission.
Ainsi, de son vivant, un wali ne peut, par lui-même, procurer un bienfait ni repousser un mal. Il peut seulement invoquer Allah, qui seul détient ce pouvoir et qui peut exaucer ou non son invocation.
Quant au wali décédé, il est privé de vie et ne peut plus rien accomplir. Cela ne nécessite aucune preuve particulière, car il demeure un être humain. Tous les êtres humains morts, y compris les prophètes, ne peuvent plus rien faire pour eux-mêmes après leur décès. Cela ne fait aucun doute.
Les règles concernant la visite des tombes (mazars)
Concernant les mazars, c’est-à-dire les tombeaux des awliya, ils sont semblables aux autres tombes. Il est permis de visiter les cimetières afin d’invoquer Allah en faveur des défunts, de demander Sa miséricorde pour eux, de se rappeler la mort et de se préparer à l’au-delà. Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a dit :
Visitez les tombes, car elles vous rappellent l’au-delà.
En revanche, il est interdit de visiter les tombes afin d’invoquer leurs occupants, de solliciter leur secours, de leur offrir des sacrifices ou de prononcer des vœux en leur nom.
Nous rappelons qu’il est permis de demander à une personne vertueuse encore en vie de faire une invocation en notre faveur, car on peut espérer que son invocation sera exaucée en raison de sa piété.
La preuve en est le récit rapporté d’après Uthman ibn Hunayf — qu’Allah l’agrée — selon lequel un aveugle vint voir le Prophète (paix et bénédictions sur lui) et lui dit :
Invoque Allah afin qu’Il me guérisse.
Le Prophète lui répondit :
Si tu le souhaites, j’invoquerai Allah en ta faveur ; et si tu le souhaites, tu peux patienter, ce qui sera meilleur pour toi. (Rapporté par Ahmad, At-Tirmidhi et Ibn Majah)
En revanche, lorsqu’un wali ou un prophète meurt, il n’est pas conforme à la charia de lui demander d’invoquer Allah en notre faveur, car il a quitté ce monde.
Cela constitue une forme de shirk qu’aucun des membres vertueux de cette communauté, parmi les Compagnons et ceux qui les ont suivis, n’a pratiquée.
Allah dit :
Qui est plus égaré que celui qui invoque, en dehors d’Allah, ceux qui ne lui répondront pas jusqu’au Jour de la Résurrection et qui sont même inconscients de leurs invocations ? Et lorsque les hommes seront rassemblés, ils deviendront leurs ennemis et renieront l’adoration qui leur était vouée. (Al-Ahqaf, 46 : 5-6)
Qu’Allah nous guide tous vers ce qui Lui plaît !