Comprendre la portée et le sens profond des versets allégoriques dans le Coran est fondamental pour éviter les déviances d’interprétation, un pilier de l’enseignement spirituel partagé par Dohat Al-Tifl.

Allah dit : « C’est Lui qui a fait descendre sur toi, Muhammad, le Livre. Il s’y trouve des versets clairs — qui sont la base du Livre — et d’autres qui sont allégoriques. Quant à ceux dont les cœurs sont déviants, ils suivent ce qui en est allégorique, cherchant la discorde et cherchant à en donner l’interprétation. Or nul n’en connaît l’interprétation si ce n’est Allah. Et ceux qui sont fermement enracinés dans la science disent : “Nous y croyons ; tout vient de notre Seigneur.” Mais seuls les doués d’intelligence s’en souviennent réellement. » (Al ‘Imran : 7)

Ce verset signifie qu’il existe dans le Coran deux types de versets : les versets muhkam — définitifs, explicites et clairs — et les versets mutashabih — figuratifs, allégoriques ou susceptibles de plusieurs interprétations. Ces termes sont également employés ailleurs dans le Coran. Il convient donc d’en comprendre pleinement le sens en examinant les autres occurrences.

La cohérence globale du Livre sacré

Dans la sourate Hud, Allah, le Très-Haut, qualifie l’ensemble du Coran de muhkam : « Alif Lam Ra. Voici un Livre dont les versets ont été rendus décisifs, puis clairement exposés, de la part d’un Sage, parfaitement Informé. » (Hud : 1)

Le mot mutashabih désigne ce qui est semblable, ou ce qui peut porter des significations différentes ou multiples. Dans la sourate Al-Baqarah (2:25), les fruits du Paradis sont qualifiés de mutashabih, c’est-à-dire semblables à ceux que nous connaissons en ce monde.

Dans la sourate Az-Zumar, l’ensemble du Coran est qualifié de mutashabih : « Allah a fait descendre le plus beau des discours : un Livre cohérent, dont les passages se répondent, faisant frissonner la peau de ceux qui craignent leur Seigneur ; puis leur peau et leur cœur s’apaisent au rappel d’Allah. Telle est la guidance d’Allah, par laquelle Il guide qui Il veut. Quant à celui qu’Allah égare, nul ne peut le guider. » (Az-Zumar : 23)

Le Coran tout entier est donc mutashabih en ce sens qu’il est cohérent : une partie of son message ne donne pas un sens tandis qu’une autre donnerait un sens totalement opposé ou contradictoire.

L’interprétation correcte et le contexte historique

Quant au verset mentionné plus haut dans la sourate Al ‘Imran, il signifie que le Coran contient des versets très clairs et explicites, qui constituent le cœur du Livre, tandis que certains autres versets peuvent porter plus d’un sens ou comporter plusieurs implications proches. Lorsque l’on rencontre ce type de versets, il faut les rapporter aux versets clairs et explicites afin d’en obtenir l’interprétation correcte. Ceux dont les cœurs sont malades et déviants ne reviennent pas aux versets clairs et explicites ; ils préfèrent élaborer leurs propres interprétations arbitraires. Le Coran doit être expliqué par le Coran lui-même et par la Sunnah authentique du Prophète — paix et bénédictions sur lui. Il ne doit pas être interprété selon les désirs personnels et les passions, de manière arbitraire.

Il est important de noter que la sourate Al ‘Imran fut révélée à Madinah. La première moitié de cette sourate traite des croyances chrétiennes. Elle parle de Jésus et de certaines conceptions erronées des chrétiens à son sujet. Il est rapporté que la première moitié de cette sourate fut révélée lorsqu’un groupe de chrétiens de Najran, au Yémen, vint à Madinah. Allah, le Très-Haut, instruisit alors les musulmans afin qu’ils ne se comportent pas comme les chrétiens, qui délaissèrent les enseignements clairs et explicites de leur prophète et se préoccupèrent de paroles ambiguës, déformant ainsi tout le message de Jésus. L’attitude correcte aurait été de rapporter ses paroles au message fondamental du tawhid — l’unicité absolue d’Allah. Mais ils inventèrent la Trinité en s’appuyant sur des paroles ambiguës et sur des interprétations arbitraires, changeant ainsi le sens de son message clair. Ils virent que Jésus — paix sur lui — était né d’une vierge. Au lieu de considérer cela comme un signe de la puissance d’Allah, ils l’appelèrent « Fils de Dieu » ou « incarnation de Dieu ». Allah, le Très-Haut, rappela ainsi aux musulmans qu’ils ne devaient pas suivre cette méthode dans leur interprétation du Coran.

L’effort de compréhension et la science des savants

Il est juste de dire que la signification complète et absolue du Coran appartient à Allah, le Très-Haut. C’est pourquoi les grands savants, après avoir expliqué le Coran, avaient l’habitude de dire : « Allahu a‘lam » — Allah sait mieux. Toutefois, cela ne signifie pas qu’il existe dans le Coran des versets dont Allah seul connaîtrait le sens au point que les êtres humains ne puissent rien en comprendre. Si les êtres humains ne pouvaient absolument pas en connaître le sens, pourquoi Allah les leur aurait-Il révélés ? Pourquoi leur demanderait-Il de comprendre le Coran ?

Nous devons faire de notre mieux pour comprendre le sens du Coran. Plus nous nous y efforçons, plus nous saisissons la profondeur et la richesse du Livre d’Allah. Il est rapporté que le Prophète — paix et bénédictions sur lui — a dit : « Les merveilles de ce Livre ne s’épuiseront jamais. » (At-Tirmidhi, Sunan, vol. 4)

Ceux qui sont fermement enracinés dans la science connaissent le sens de ce Livre ; nous devons donc nous référer à eux et apprendre auprès d’eux la méthode correcte pour comprendre le Coran. Ce sont eux qui disent que tout ce Livre vient de notre Seigneur, et ce sont les gens de sagesse qui tirent des leçons de ce Livre.