Lors de la conclusion d’un mariage islamique, le versement du mahr constitue l’une des conditions fondamentales de validité. Mais quelles sont les règles exactes régissant cette dot nuptiale ? Quel montant est jugé acceptable par la charia et quelles sont les obligations du mari envers son épouse ? Voici les explications détaillées des savants musulmans.

En islam, le mahr — la dot nuptiale — est un droit de l’épouse. Il témoigne de l’amour et de l’estime que lui porte son mari. Il doit cependant rester raisonnable et ne pas être excessif. Le tuteur de la future épouse et sa famille devraient accorder davantage d’importance à l’attachement religieux et au caractère des prétendants qu’à l’exigence de dots exorbitantes, qui accablent les jeunes souhaitant se marier afin de se préserver des tentations.

Lorsque le Prophète (paix et bénédictions sur lui) maria ses filles, il n’exigea jamais de dots excessives. Il est également rapporté qu’il a dit :

« La meilleure des femmes est celle dont le mahr est le plus facile à acquitter. » (Rapporté par Al-Haythami)

Il est également répréhensible de déclarer ou d’exiger, au moment du mariage, un montant de mahr très élevé dans le seul but de se faire valoir ou de s’en vanter, même lorsqu’il ne s’agit que d’un engagement inscrit sur le papier. Cela revient à jouer avec les prescriptions d’Allah. Les musulmans ne doivent s’engager qu’à verser ce qu’ils sont réellement capables et ont véritablement l’intention de payer. Il est haram de jouir de la vie conjugale avec son épouse, puis de lui refuser son mahr lorsqu’elle le réclame.

Le danger des dots excessives et des promesses irréalistes

Dans ce contexte, le Dr Sabri Abdur-Raoof, professeur de jurisprudence comparée à l’Université Al-Azhar, déclare ce qui suit :

« Malheureusement, de nombreuses personnes tombent aujourd’hui dans l’excès en imposant aux maris des sommes considérables au titre du mahr. La même exagération se retrouve lors de la signature du contrat de mariage, lorsque les familles conviennent du montant qui sera inscrit comme dot différée.

Le pauvre mari peut alors se retrouver dans une situation extrêmement difficile, notamment lorsqu’il lui devient impossible de poursuivre la vie commune et que le divorce apparaît inévitable.

Les juristes musulmans s’accordent sur le principe selon lequel le mari doit aménager le domicile conjugal en tenant compte du statut et des besoins de son épouse, sans ostentation ni extravagance. Tout mari sérieux doit donc s’efforcer d’équiper le foyer selon ses moyens. À ce sujet, Allah, le Très-Haut, dit :

“Que celui qui est dans l’aisance dépense selon son aisance, et que celui dont les ressources sont restreintes dépense selon ce qu’Allah lui a accordé. Allah n’impose à aucune âme que selon ce qu’Il lui a donné. Allah fera succéder l’aisance à la difficulté.” (At-Talaq, 65 : 7)

Si le mari accepte les clauses et les conditions figurant sur la liste du mobilier et des biens destinés au foyer de la future épouse, ainsi que le montant élevé du mahr fixé par son père, il en assume alors la responsabilité. Il doit acquitter cette somme avant que la situation ne se détériore davantage.

Il est rapporté que le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a dit : “Les musulmans sont tenus de respecter les conditions qu’ils ont acceptées.”

Il est également rapporté qu’il a dit : “Les musulmans sont tenus de respecter leurs conditions, sauf lorsqu’une condition rend licite ce qui est interdit ou interdit ce qui est licite.”

Peu importe que le montant que le mari s’apprête à signer — par exemple 30 000 dollars — soit considéré par lui comme fictif ou réel. Dans tous les cas, il doit respecter l’engagement qu’il signe, en gardant à l’esprit qu’il s’agit d’un dépôt qui lui est confié et que le musulman est tenu d’être véridique dans toutes ses affaires. »

Un droit absolu et exclusif de l’épouse

Apportant davantage de précisions, le Dr Muzammil H. Siddiqi, ancien président de la Société islamique d’Amérique du Nord, ajoute :

« Le mahr est un droit de l’épouse qui devient obligatoire pour le mari dès la conclusion du mariage. Il doit être intégralement versé après la consommation du mariage. Toutefois, si le divorce intervient avant la consommation, la moitié du mahr doit être acquittée, sauf si l’épouse ou son tuteur y renonce. Allah dit :

“Et remettez aux femmes leur dot de bonne grâce.” (An-Nisa’, 4 : 4)

Allah, le Très-Haut, dit également :

“Puis, de même que vous jouissez d’elles par le mariage, remettez-leur leur dot, comme une obligation.” (An-Nisa’, 4 : 24)

Le mahr revêt une grande importance dans le mariage islamique. Allah emploie à son sujet le terme faridah, qui désigne une obligation fixée et déterminée. Le mari est tenu de verser le mahr à son épouse, à moins que celle-ci n’y renonce expressément, de son plein gré et sans aucune pression, ou qu’elle lui restitue elle-même la somme reçue.

Le mahr appartient à l’épouse et doit lui être remis exclusivement. Il ne constitue pas la propriété de ses parents ni de son tuteur. Personne ne peut dispenser le mari de son paiement, hormis l’épouse elle-même. Toutefois, si elle n’a pas encore rejoint le domicile de son mari et que le mariage prend fin avant sa consommation, son tuteur peut également renoncer au mahr en son nom.

Si le mari décède sans avoir versé le mahr à son épouse, celui-ci demeure une dette à sa charge. Il doit être payé avant la répartition de sa succession entre ses héritiers.

La signification spirituelle et matérielle du Mahr

Le mahr n’est pas le prix payé pour acquérir une épouse. Il constitue un droit de la femme et témoigne de l’amour et de l’estime que lui porte son mari. Dans le Coran, il est appelé sadaqah, ce qui renvoie à un témoignage de sincérité et d’affection. Il est également qualifié de nihlah, c’est-à-dire un don offert de bon cœur. Le mahr symbolise aussi l’engagement du mari à prendre en charge les besoins financiers de son épouse, ou nafaqah.

Dot immédiate et dot différée

Il est fréquent qu’une partie du mahr soit versée immédiatement et qu’une autre soit différée. La partie immédiate doit être payée au moment du nikah, tandis que la partie reportée sera versée ultérieurement. L’épouse a le droit de la réclamer à son mari, puisqu’elle lui appartient. Elle ne doit pas non plus craindre que son mari l’abandonne après lui avoir versé la totalité de son mahr. Toutes ces conceptions relèvent de certaines coutumes culturelles et n’ont aucun fondement dans la charia.

Le juste équilibre selon la charia

Selon la charia, le montant du mahr doit être raisonnable. Aucun montant fixe n’a été déterminé. Il doit être adapté à la situation financière du mari ainsi qu’à l’époque et au lieu dans lesquels le mariage est célébré.

Cependant, l’un des principes de la charia veut que le mahr ne soit pas excessivement élevé. Il est répréhensible de déclarer une somme considérable lors du mariage uniquement pour se faire valoir ou s’en vanter.

Il arrive que la famille de la future épouse exerce des pressions sur le prétendant et sa famille afin d’obtenir un mahr élevé, dans le but d’afficher leur prestige devant leurs proches et leurs amis, en se vantant que leur fille a reçu une dot importante.

Il arrive également que le prétendant déclare un montant élevé tout en pensant secrètement qu’il ne s’agit que d’un engagement inscrit sur le papier. On entend souvent certaines personnes dire : “Écrivez la somme que vous voulez, personne ne la réclame et personne ne la paie.”

Cela revient à jouer avec les prescriptions d’Allah. Les musulmans ne doivent s’engager qu’à verser ce qu’ils sont réellement en mesure et ont sincèrement l’intention de payer. Il est haram de jouir de la vie conjugale avec son épouse, puis de lui refuser son mahr lorsqu’elle le réclame. »