Introduction aux Qirâ’ât
Qirâ’ât : La science des Qirâ’ât est le pilier qui préserve la diversité de la récitation coranique telle qu’elle fut révélée au Prophète.
Introduction : Faciliter les Qirâ’ât pour les non-Arabes
Étudier les Qirâ’ât a été un tournant dans ma vie. Mon but est d’expliquer les Qirâ’ât pour les étudiants.
Afin d’appliquer la parole du Prophète Muhammad (que la paix soit sur lui) : « Aucun de vous ne croit véritablement tant qu’il n’aime pas pour son frère ce qu’il aime pour lui-même », j’ai décidé d’écrire un ouvrage qui explique la science des Qirâ’ât coraniques d’une manière que les étudiants non-Arabes peuvent comprendre. Ce livre aidera à comprendre et à vivre avec les Qirâ’ât, même sans connaître l’arabe. Par la grâce d’Allah, les musulmans francophones peuvent désormais étudier et comprendre ce savoir éminent, si intimement lié au Coran, le livre le plus important pour les musulmans.
Définition des Qirâ’ât
Au plan linguistique, Qirâ’ât est le pluriel de Qirâ’a (récitation), nom d’action du verbe qara’a « lire, réciter ». Au plan technique : articulation des mots du Coran telle qu’enseignée ou entendue du Prophète (que la paix soit sur lui) par ses Compagnons. Cette science s’intéresse aux mots du Noble Coran quant à la manière et à la méthode de leur prononciation, ainsi qu’à l’application de cette méthode. Elle fait partie des sciences les plus nobles car elle préserve de l’erreur dans la prononciation du vocabulaire coranique, donc de la déformation et de l’altération ; elle aide aussi à distinguer ce qui est lu et ce qui ne l’est pas.
Qirâ’ât et Révélation
La révélation descendue d’Allah sur le Prophète, Messager d’Allah (que la paix soit sur lui), est l’unique source des Qirâ’ât. Il transmit ensuite cette révélation à ses Compagnons (qu’Allah les agrée) avec minutie, la leur récitant telle qu’elle lui fut révélée. Abû ‘Abd ar-Rahmân a rapporté : les Compagnons apprenaient dix versets auprès du Messager d’Allah (que la paix et les bénédictions soient sur lui) ; ils n’en prenaient pas dix autres avant d’avoir compris la science et les actes qu’ils contenaient. Ils disaient : « Nous avons appris la science sacrée et l’action ensemble » [1].
Qirâ’ât et Variations
Une Qirâ’a (récitation variable) est une Sunna suivie, transmise de la bouche du Messager d’Allah (que la paix soit sur lui), oralement et par écrit. C’est le Coran lui-même, non quelque chose de distinct, et il n’y a pas lieu d’opposer une récitation à une autre. Une Qirâ’a est un ensemble de formulations et/ou de prononciations différentes que l’Esprit Saint (Jibrîl, l’archange Gabriel) apporta à diverses occasions pour les réciter au Messager d’Allah (que la paix soit sur lui).
L’imam Muslim (qu’Allah lui fasse miséricorde) rapporte d’Ubayy ibn Ka‘b (qu’Allah l’agrée) : « J’étais dans la mosquée quand un homme entra, pria et récita (le Coran) d’une manière à laquelle je m’opposai. Puis un autre entra et récita d’une manière différente de son compagnon. Lorsque nous eûmes terminé la prière, nous allâmes tous auprès du Messager d’Allah (que la paix soit sur lui) et lui dîmes : Cet homme a récité d’une manière à laquelle je me suis opposé, et l’autre a récité d’une manière différente de son compagnon. Le Messager d’Allah (que la paix soit sur lui) leur demanda de réciter ; ils récitèrent, et le Messager d’Allah approuva leurs façons… » [2].
Les piliers d’une récitation acceptable
Une récitation acceptable réunit trois critères :
- Concordance avec un principe avéré de la langue arabe ;
- Conformité au rasm (écriture) tel que compilé par ‘Uthmân (qu’Allah lui fasse miséricorde) ;
- Transmission par une chaîne authentique.
Toute récitation réunissant ces trois piliers est coranique, permise en prière et en dehors comme acte d’adoration. Les dix Qirâ’ât authentiques sont :
- Nâfi‘ al-Madanî (70-169 H) : Qâlûn, Warsh ;
- Ibn Kathîr al-Makkî (45-120 H) : al-Bazzî, Qunbul ;
- Abû ‘Amr al-Basrî (70-154 H) : ad-Dûrî, as-Sûsî ;
- Ibn ‘Âmir ash-Shâmî (21-118 H) : Hishâm, Ibn Zakwân ;
- ‘Âsim al-Kûfî (m. 127 H) : Shu‘bah, Hafs ;
- Hamzah al-Kûfî (80-156 H) : Khalaf, Khallâd ;
- Al-Kisâ’î al-Kûfî (119-189 H) : Abû al-Hârith, Hafs ad-Dûrî ;
- Abû Ja‘far al-Madanî (35-130 H) : ‘Îsâ ibn Wardân, Ibn Jammâz ;
- Ya‘qûb al-Hadramî (131-205 H) : Ruways, Rûh ;
- Ibn Hishâm al-Bazzâr al-Baghdâdî (150-229 H) : Ishâq ibn Ibrâhîm, Idrîs ibn ‘Abd al-Karîm.
Al-Isti‘âdah et Al-Basmalah
Al-Isti‘âdah
Selon le verset, l’isti‘âdah doit être dite avant de commencer la récitation. Pour la majorité des savants, c’est une Sunna. Divergence quant à sa formulation, mais l’usage est de la dire. Divergence aussi sur la voix haute ou basse : il a été rapporté que Nâfi‘ et Hamzah la lisaient à voix basse. Les savants des Qirâ’ât ont blâmé cet avis, bien qu’une minorité (Abû al-‘Abbâs al-Mahdawî, etc.) le rapporte. Pour les autres récitants, elle est rapportée à voix haute. L’avis préférable : l’isti‘âdah suit la tilâwa — silencieuse si la lecture l’est, audible si la lecture l’est. En prière, elle est toujours silencieuse.
Al-Basmalah
On commence par l’isti‘âdah. On récite aussi la basmala au début de chaque sourate sauf at-Tawbah. Divergence entre les récitants lorsqu’on enchaîne deux sourates sans pause.
Ainsi, Qâlûn, Ibn Kathîr, ‘Âsim et al-Kisâ’î disent la basmala entre deux sourates.
Hamzah lit en wasl entre deux sourates sans basmala. Certains savants lui rapportent une saktah dans les « quatre sourates mises en avant » : fin de al-Muddaththir avant al-Qiyâmah ; fin de al-Infitar avant al-Mutaffifîn ; fin de al-Fajr avant al-Balad ; fin de al-‘Asr avant al-Humazah.
Warsh, Abû ‘Amr et Ibn ‘Âmir : trois voies entre deux sourates (wasl, saktah, basmala).
Le hukm de ces quatre sourates : plusieurs savants rapportent de dire la basmala au début de ces quatre dans les deux cas (après saktah ou en wasl ailleurs).
Abû Ja‘far lit la basmala entre deux sourates.
Khalaf lit en wasl sans basmala, avec saktah rapportée pour ces quatre.
Ya‘qûb : trois voies (wasl, saktah, basmala), avec basmala rapportée pour ces quatre comme ci-dessus.
Al-Idghâm al-Kabîr et les règles d’assimilation
L’idghâm kabîr consiste à convertir la première lettre mutaharrik en la seconde mutaharrik après l’avoir rendue sâkin. La première est mudgham, la seconde mudgham fîh. S’il y a avant mudgham une lettre de madd ou de lîn, on peut lire avec tûl, tawassut ou qasr.
Exemples (translittérés) : « haythu shi’tumâ » ; « ar-rahîm, malik », etc.
Remarque : l’idghâm kabîr est la voie d’Abû ‘Amr al-Basrî ; selon la voie d’ash-Shâtibî il se lit seulement chez as-Sûsî [11]. Il se produit en mithlayn, mutajânisay n et mutaqâribayn, si la riwâya est établie.
Assimilation des identiques (Idghâm al-Mutamâthilayn) — dans un ou deux mots
Dans le Coran, l’idghâm kabîr remplace « k » dans « k » au sein d’un même mot mithlayn seulement deux fois : « manâsikakum » (al-Baqarah) et « mâ salakakum » (al-Muddaththir).
B) Il a lieu aussi si mithlayn apparaît en deux mots lorsqu’une lettre mutaharrik ou sâkin précède le mudgham, ex. « fîh hudâ », « a‘lam mâ ».
Une exception : « falâ yahzunka kufruhu » (Luqmân).
Conditions pour mithlayn :
- Mudgham non mushaddad (ex. « fatamma mîqât ») ;
- Mudgham non munawwan (ex. « wâsi‘un ‘alîm ») ;
- Mudgham non « tâ’ du discours » (ex. « afa’anta tukrihu ») ;
- Mudgham non « tâ’ du locuteur » (ex. « kuntu turâbâ »).
Si mithlayn résulte d’un hazf, deux voies se lisent en « yakhlu lakum », « wa-in yaku kâdhiban », « wa-man yabtaghi ghayra ».
Dans « wa-yâ qawmî mâ lî » et « wa-yâ qawmî man yansurunî », il n’y a qu’idghâm (le « y » étant d’idhâfa).
De même, dans « âla lûtin » comme dans « laka kaydan », seulement idghâm.
Idem pour l’idghâm du « w » de « huwa » quand le « h » est « madhmûm » (ex. « huwa wa-lladhîna », « huwa wa-ûtînâ »), et dans « ya’tiya yawmun », « nûdiya yâ mûsâ » : seulement idghâm.
Si le « h » de « huwa » est sâkin ou si une autre lettre sâkin précède « w », alors idghâm (ex. « mina-llahwi wa-mina-t-tijârah », « fahuwa waliyyuhum »).
Mais dans « wa-allâ’i ya’sna » (at-Talâq), seulement izhâr (le sukûn du « y » est ‘âridh).
Assimilation des proches (Idghâm al-Mutaqâribayn)
Dans un mot, l’idghâm ne concerne que « q » vers « k » de « kum » (chez as-Sûsî) si : 1) une lettre mutaharrik précède « q » ; 2) « kum » est un mot de deux lettres (ex. « yakhluqkum, khalaqkum »). Pas d’idghâm dans « khalaqak, narzuqak ». Si après « k » vient « n » du pluriel féminin (ex. « in tallaqkun » dans at-Tahrîm), idghâm avec khulf.
Dans deux mots, l’idghâm des mutaqâribayn a lieu pour 16 lettres :
ḥ, q, k, j, sh, ḍ, s, d, t, dh, th, r, l, n, m, b,
dans la lettre qui suit (mudgham fîh).
Conditions :
- Mudgham non munawwan (ex. « wa-lâ nasîrin laqad ») ;
- non mushaddad (ex. « al-haqqu kaman ») ;
- non « tâ’ du discours » (ex. « khalaqta tînan ») ;
- non majzûm ni à ‘illat en lâm (ex. « wa-lam yu’t sa‘atan »).
Idghâm avec khulf (variance)
L’idghâm peut se produire sur le premier « b » dans : « la-dhahaba bisam‘ihim », « al-kitâba bi-aydîhim », « al-kitâba bil-haqq » (al-Baqarah) ; sur le premier « l » dans « ja‘ala lakum » (huit fois, an-Nahl) ; sur le premier « l » dans « qabla lahum » (an-Naml) ; sur le premier « h » dans « wa-annahu huwa » (quatre fois, an-Najm).
Endroits où Rûh (Rawh) fait idghâm :
— sur « dh » de « akhadht » et ses formes (idghâm saghîr) ;
— sur le premier « b » de « wa-s-sâhibi bil-janb » (an-Nisâ’) ;
— sur le premier « n » de « atumiddûnani » (an-Naml) en liaison ;
— sur le premier « t » de « rabbuka tatamârâ » (an-Najm) en liaison ;
— sur le premier « n » dans « yâ-sîn wa-l-qur’ân » et « nûn wa-l-qalam ».
Hâ’ al-Kinâyah et Al-Madd (Allongement)
Hâ’ al-Kinâyah
Le « h » pronom de la 3e personne masculin singulier est appelé « h » de kinâyah (ex. : bihi, ‘anhu, lahu). La discussion porte sur : 1) la silah, 2) l’absence de silah, 3) le sukûn ou le harakah du « h ».
a) Silah : ajouter une lettre de madd après le « h » : un « y » sâkin après un kasrah, un « w » sâkin après un dhammah.
b) Sans silah : ne pas ajouter de madd.
Remarque : si un sâkin suit le « h » de kinâyah, pas de silah (ex. minhu n-nahâr, jâ’ahu r-rasûl).
Si une lettre mutaharrik précède et suit le « h », tous les récitants font la silah (ex. falahu ajruhu ‘inda…).
Si un sâkin précède le « h » et un mutaharrik le suit, seul Ibn Kathîr parmi les sept fait silah (ex. fîhi hudâ). Cependant, dans « fîhi muhânâ » (al-Furqân), Hafs le rejoint ; et dans « arjih wa-akhâhu » Hishâm également, avec al-Makkî.
Al-Madd et al-Qasr
Le madd est l’allongement des lettres de madd ou de lîn selon la durée fixée par les récitants.
A) Madd aslî : madd sans cause (pas de hamzah ni de sukûn), ex. « nûhîhâ ». On ne dépasse pas sa longueur originelle (2 unités).
B) Madd far‘î : madd où intervient une cause (hamzah ou sukûn), ex. « jâ’a », « wa-lâ d-dâllîn ».
Madd badal (hamzah avant lettre de madd dans le même mot, ex. « îmânikum », « ûtû ») :
— 2 pour tous, sauf Warsh : 2, 4 ou 6.
Madd muttasil (hamzah après une lettre de madd dans le même mot) :
— Warsh, Hamzah : 6 ;
— ‘Âsim : 4, 5 ou 6 ;
— Qâlûn, Ibn Kathîr, Abû ‘Amr, Ibn ‘Âmir, al-Kisâ’î : 4 ou 6.
Le qasr (2) n’est permis pour aucun imam ici.
Madd munfasil (hamzah au mot suivant après lettre de madd) :
— Warsh, Hamzah : 6 ;
— Qâlûn, ad-Dûrî : 2 ou 4 ;
— Ibn Kathîr : 2 ;
— Ibn ‘Âmir, ‘Âsim, al-Kisâ’î : 4.
Madd lâzim (sukûn nécessaire après madd) : quatre catégories (kalimî/harfî, mukhaffaf/ muthaqqal) : 6 pour tous.
Madd ‘âridh lis-sukûn (sukûn accidentel après madd) : 2, 4 ou 6 pour tous.
Madd lîn ‘âridh lis-sukûn (sukûn accidentel après lettre de lîn) : 2, 4 ou 6 pour tous.
Madd lîn muttasil (hamzah devenue contiguë après lettre de lîn, ex. « shay’ ») :
— Warsh : 4 ou 6 ;
— autres : 2.
Les règles de la Hamzah
Deux hamzahs dans un mot
Trois cas :
- deux hamzahs maftûh (ex. « a-an-dhartahum ») ;
- maftûh puis maksûr (ex. « a-inna ») ;
- maftûh puis madhmûm (ex. « a-ulqiya »).
— Cas 1 : Ibn Kathîr, Nâfi‘, al-Basrî : tashîl du second sans khulf ; Hishâm : tashîl avec khulf ; idkhâl d’une alif chez Qâlûn, al-Basrî, Hishâm ; Warsh, al-Makkî : tashîl mahdh ; seconde voie de Warsh : ibdâl en alif. Les autres : tahqîq des deux (comme Hafs).
— Cas 2 : (a-inna) : Ibn Kathîr, Nâfi‘, al-Basrî : tashîl du second sans khulf ; Hishâm : tashîl avec khulf en un seul endroit (« a-innakum latakfurûn » dans as-Sajdah), sinon pas de tashîl sur hamzah maksûrah ; Qâlûn, al-Basrî : idkhâl d’alif sauf dans « a-immata » où tashîl mahdh ; Warsh, al-Makkî : tashîl mahdh ; Hishâm : idkhâl avec khulf (sauf sept endroits : idkhâl sans khulf). Reste : tahqîq.
— Cas 3 : (a-unabbi’ukum) : Ibn Kathîr, Nâfi‘, al-Basrî : tashîl sans khulf ; Hishâm : tashîl avec khulf dans « a-unzila » (Sâd) et « a-ulqiya » (al-Qamar), mais tahqîq dans « qul a-unabbi’ukum » (‘Âl ‘Imrân) ; Qâlûn : idkhâl sans khulf ; al-Basrî, Hishâm : idkhâl avec khulf ; Hishâm : idkhâl + tashîl ; reste : tahqîq sans idkhâl.
Al-Hamz al-Mufrad
Quand la hamzah sâkinah est initiale (fâ’ kalimah) dans un nom ou un verbe, Warsh fait ibdâl de la hamzah en lettre de ‘illah correspondant à la voyelle précédente : en « a » après fatha (ex. ya’khudh → « yâkhudh » ; ya’kul → « yâkul »), en « w » après dhammah (ex. « al-mu’minûn » → « al-mûminûn »), en « y » après kasrah (ex. « as-samâwâti i’tûnî » → « as-samâwâti y’tûnî »).
Transfert de voyelle (naql)
Si une lettre saine sâkinah ou une lettre de lîn précède une hamzah de coupure, Warsh transfère la voyelle de la hamzah à la lettre précédente et omet la hamzah. Cela se produit quand la lettre sâkinah est à la fin du premier mot et la hamzah au début du second. Le naql a lieu en maw s ûl (al-insân) comme en maf s ûl (man âmana).
Sukût (pause) de Hamzah sur la lettre sâkinah avant hamzah
Abû al-Fath Fâris affirme qu’en mawsûl (ex. al-ard) ou mafsûl (ex. qad aflaha), et dans « shay’ » et « shay’an », il y a saktah pour Khalaf en liaison, et pas de saktah pour Khallâd. Selon Tâhir ibn Ghalbûn et d’autres : saktah seulement en mawsûl et sur « shay’/ shay’an » pour Khalaf et Khallâd ; pas de saktah en mafsûl.
Waqf de Hamzah et Hishâm sur la hamzah
Le waqf requiert un allègement (takhfîf), la hamzah étant « lourde ». Ainsi, Hamzah et Hishâm allègent la hamzah au waqf. Selon ash-Shâtibî, Hamzah allège la hamzah mutawassitah et mutatarrafah. Hishâm n’allège que la mutatarrafah. Ils s’accordent donc sur celle-ci.
Trois sortes de hamzah mutawassitah :
- tawassut haqîqî (ex. yu’minûn) ;
- tawassut hukmî (hamzah devenue moyenne à cause d’un pronom ou d’un accusatif munawwan, ex. nisâ’-akum) ;
- mutawassitah bi-z-zawâ’id (hamzah initiale devenue moyenne en raison d’un élément précédent, ex. man âmana).
La hamzah mutatarrafah est en fin de mot (ex. jâ’a).
Selon voyelles et sukûn, hamzah mutawassitah et mutatarrafah se divisent en : - hamzah sâkinah précédée d’une mutaharrik ;
- hamzah mutaharrik précédée d’une sâkin ;
- hamzah mutaharrik précédée d’une mutaharrik.
Izhâr et Idghâm
Règle du « dh » de « idh »
Certains lisent « idh » avec izhâr, d’autres avec idghâm. Cela arrive 47 fois avant : t, d, j, z, s, s emphatique.
Exemples translittérés : idh sarrafnâ ; idh sami‘tumûh ; idh zuyyina ; idh dakhalaû ; idh ja‘alnâ ; idh tabarra’a.
— Izhâr devant les 6 lettres : Nâfi‘, Ibn Kathîr, ‘Âsim.
— Devant « j » : izhâr chez Khallâd et al-Kisâ’î ; idghâm devant les 5 autres.
— Chez Khalaf : idghâm dans t et d ; izhâr devant les 4 dernières.
— Chez Ibn Zakwân : idghâm dans d seulement ; izhâr devant les 5 autres.
— Chez Abû ‘Amr et Hishâm : idghâm dans les 6.
Règle du « d » de « qad »
Divergence aussi. 98 occurrences avant : j, dh, z, s, sh, s emphatique, d emphatique, dh emphatique.
Exemples : qad shaghaft-hâ ; laqad sami‘a ; wa-laqad dhara’nâ ; laqad jâ’akum.
— Izhâr devant les 8 lettres : Qâlûn, Ibn Kathîr, ‘Âsim.
— Warsh : idghâm du « d » dans d emphatique et dh emphatique ; izhâr devant les 6 autres.
— Hishâm : izhâr devant dh emphatique en un lieu (« laqad zalamaka », Sâd) ; ailleurs idghâm.
— Ibn Zakwân : idghâm dans z, dh, d emphatique, dh emphatique (avec khulf dans « wa-laqad zayyannâ », izhâr préféré) ; izhâr devant j, s, sh, s emphatique.
— Abû ‘Amr, Hamzah, al-Kisâ’î : idghâm dans les 8.
Règle du « t » de la tâ’ an-nîth
Divergence : 26 occurrences avant th, j, z, s, s emphatique, dh emphatique.
Exemples : kânat zâlimah ; khabat zidnâhum ; wajabat junûbuhâ ; kadhdhabat Thamûd.
— Izhâr devant les 6 : Qâlûn, Ibn Kathîr, ‘Âsim.
— Warsh : idghâm dans dh emphatique seulement ; izhâr ailleurs.
— Ibn ‘Âmir : izhâr devant j, z, s ; idghâm dans s emphatique, th, dh emphatique, avec cas particuliers : « husirat sudûruhum » (an-Nisâ’, idghâm chez Hishâm et Ibn Zakwân) ; « lahuddimat sawâmi‘ » (al-Hajj, izhâr Hishâm, idghâm Ibn Zakwân) ; « wajabat junûbuhâ » (al-Hajj, izhâr Hishâm et Ibn Zakwân).
— Abû ‘Amr, Hamzah, al-Kisâ’î : idghâm dans les 6.
Règles du « l » de « hal » et « bal »
34 occurrences avant : t, th, z, s, d emphatique, t emphatique, dh emphatique, n.
Exemples : bal sawwalat ; bal ta’tîhim ; bal zuyyina ; hal nadullukum ; hal thubba ; hal ta‘lam.
— Nâfi‘, Ibn Kathîr, Ibn Zakwân, ‘Âsim : izhâr partout.
— Al-Kisâ’î : idghâm du « l » dans les 8.
— Hamzah : idghâm dans t, th, s ; izhâr ailleurs ; chez Khallâd, « bal taba‘a-llâh » (an-Nisâ’) : idghâm avec khulf.
— Hishâm : izhâr devant n et d emphatique, et devant t spécifiquement dans « hal tastawî » (ar-Ra‘d) ; idghâm ailleurs.
— Abû ‘Amr : idghâm dans « hal tarâ min futûr » (al-Mulk) et « fa-hal tarâ » (al-Hâqqah) ; izhâr ailleurs.
Idghâm unanimement admis
a) du « dh » de « idh » en lui-même et dans dh emphatique (ex. idh z-zalamû, idh dh-dhahab) ;
b) du « d » de « qad » en lui-même et dans « t » (ex. qad tabayyana, qad dakh alû) ;
c) du « t » de la tâ’ an-nîth en lui-même et dans « d » et « t emphatique » (ex. qâlat tâ’ifah, famâ rabihat tijâratuhum) ;
d) du « l » de « hal » et « bal » en lui-même et dans « r » (ex. fa-hal lanâ, bal rabbukum).
Idghâm avec divergences
— Abû ‘Amr, Khallâd, al-Kisâ’î : idghâm de « b » majzûm dans « f » en 5 lieux : « yaghlib fa-sawfa » (an-Nisâ’) ; « ta‘jab fa-‘ajab » (ar-Ra‘d) ; « idhhab fa-man » (al-Isrâ’) ; « fa-idhhab fa-inna » (Tâ-Hâ) ; « yatub fa-ulâ’ika » (al-Hujurât). Le « b » devient « f », puis idghâm du premier « f » dans le second ; chez Khallâd, khulf au dernier ; les autres : izhâr.
— Abû al-Hârith : idghâm de « l » majzûm dans « dh » en 6 lieux (ex. wa-man yaf‘al dhâlika) ; les autres : izhâr.
— Al-Kisâ’î : idghâm de « f » majzûm dans « y » en un lieu (Saba’ : « in nasha’ nakhsif ») ; les autres : izhâr.
— Abû ‘Amr, Hamzah, al-Kisâ’î : idghâm de « dh » dans « t » en 3 lieux (« ‘udhtu bi-rabbî » deux fois : Ghâfir, ad-Dukhân ; « fanabaththu-hâ » : Tâ-Hâ) ; les autres : izhâr.
— Hishâm, Abû ‘Amr, Hamzah, al-Kisâ’î : idghâm de « th » dans « t » en 2 lieux (« ûrithtumûhâ » : al-A‘râf, az-Zukhruf) ; les autres : izhâr.
— Abû ‘Amr : idghâm de « r » majzûm dans « l » en 53 lieux (ex. yaghfir lakum) ; ad-Dûrî : khulf ; les autres : izhâr.
— Qâlûn, Ibn Kathîr, Abû ‘Amr, Hafs, Hamzah lisent « yâ-sîn wa-l-qur’ân » et « nûn wa-l-qalam » avec izhâr ; Warsh, Ibn ‘Âmir, Shu‘bah, al-Kisâ’î avec idghâm (Warsh a khulf dans « nûn wa-l-qalam »).
— Nâfi‘, Ibn Kathîr, ‘Âsim lisent « kâ-hâ-yâ-‘ayn-sâd dhikr » (Maryam) en izhâr (le « d » de « sâd » avant le « dh » de « dhikr »).
— Nâfi‘, Ibn Kathîr, ‘Âsim lisent « wa-man yurid thawâb » en izhâr (le « d » de « yurîd » avant le « th » de « thawâb ») ; Abû ‘Amr, Ibn ‘Âmir, Hamzah, al-Kisâ’î : idghâm.
— Nâfi‘, Ibn Kathîr, ‘Âsim lisent « labithta / labithtum » (13 lieux) en izhâr (le « th » avant « t ») ; les autres : idghâm.
— Hamzah lit « tâ-sîn-mîm » avec izhâr (le « n » de « sîn » avant le premier « m » de « mîm ») : madd lâzim harfî mukhaffaf ; les autres : idghâm avec ghunnah.
— Ibn Kathîr et Hafs lisent « ittakhadhtum / akhadhtum / ittakhadht » en izhâr ; les autres : idghâm.
— Qâlûn, Bazzî, Khallâd lisent « yâ bunayya irkab ma‘anâ » avec izhâr (khulf) ; Warsh, Ibn ‘Âmir, Khalaf : izhâr sans khulf ; les autres (al-Basrî, Qunbul, ‘Âsim, al-Kisâ’î) : idghâm.
— Ibn Kathîr, Warsh, Hishâm lisent « yalhath dhâlika » en izhâr ; Qâlûn : izhâr avec khulf ; les autres : idghâm.
— Warsh, Ibn Kathîr lisent « man yashâ’ yu‘adhdhib » en izhâr ; Qâlûn, Abû ‘Amr, Hamzah, al-Kisâ’î : idghâm. — Izhâr seulement chez Ibn ‘Âmir et ‘Âsim, car ils lisent le « b » de « yu‘adhdhib » au raf‘.
Règle du nûn sâkin et du tanwîn
Quatre règles : izhâr, idghâm, iqlâb, ikhfâ’.
— Lettres de la gorge après nûn/tanwîn : izhâr.
— Si après nûn/tanwîn vient une lettre de « yarmalûn » : idghâm si mudgham et mudgham fîh sont séparés (donc pas d’idghâm dans « dunyâ, ṣinwân, bunyân, qunuwân »).
— Idghâm avec ghunnah dans « y, n, m, w » ; chez Khalaf, sans ghunnah dans « y » et « w » ; sans ghunnah pour tous dans « l » et « r ».
— Si « b » suit nûn/tanwîn : iqlâb (nûn/tanwîn devient « m » avec ikhfâ’) ; izhâr non permis.
— Autres lettres (hors halqiyyah, yarmalûn, b) : ikhfâ’.
Fath, Imâlah et Taqlîl
Fath, Imâlah et Taqlîl
Le fath : ouverture ; l’imâlah : inclinaison de la fatha vers la kasrah et de l’alif vers « y ».
Deux types :
- Imâlah kubrâ (forte) ;
- Imâlah sughrâ (appelée taqlîl, « bain-bain »).
Le mot « imâlah » seul désigne en général la kubrâ. L’imâlah requiert thubût du naql et de la riwâya.
Causes :
- kasrah avant/après la lettre visée (ex. « kallâ, an-nâr, an-nâs ») ;
- kasrah sous conditions (ex. « tâba » → « tubtum » ; « shâ’a » → « shi’tum ») ;
- alif issue d’un « y » (ex. rammâ, yaghshâ, yakhshâ) ;
- alif analogue : alif de féminisation (nasârâ, asârâ) ;
- alif analogue et rattachée (Yahyâ, ‘Isâ, Mûsâ) ;
- imâlah par contagion (ex. « tarâ’â » — chez Hamzah ; le « n » de « nâ’ » et le « r » de « ra’â » par l’imâlah de l’alif) ;
- alif écrite en forme de « y » (ex. shadîd al-quwâ, duḥâ).
Imams qui pratiquent :
— Qâlûn, Ibn ‘Âmir, ‘Âsim : rarement ;
— Warsh, Abû ‘Amr, Hamzah, al-Kisâ’î : fréquemment (imâlah/taqlîl).
— Ibn Kathîr : pas d’imâlah.
Règles pour Hamzah et al-Kisâ’î
- Imâlah sur les alif finales (mutatarrafah) de mots à base « y » (z-zinâ, al-hawâ, al-hudâ) ;
- Imâlah sur alif de féminisation (hawâyâ, fardâ, yatâmâ, ṭûbâ, taqwâ), ainsi que Mûsâ, Yahyâ, ‘Isâ ;
- Imâlah sur alif finales écrites en « y » (matâ, yâ ḥasratî, yâ wailatî, ‘asâ, balâ), sauf : ilâ, ladâ, ḥattâ, ‘alâ, mâ zakâ (pas d’imâlah pour aucun récitants) ;
- Même pour mots « wâwî », imâlah sur alif finales des mots de plus de trois lettres (ex. yardâ, najjaynâ, ista‘lâ).
Imâlah de Ya‘qûb
Dans le premier mot « a‘mâ » de « wa-man kâna fî hâdhihi a‘mâ… » (al-Isrâ’) : imâlah.
Dans « kafirîn » et « al-kafirîn » : imâlah pour Ruways ; et dans « kafirîn » de an-Naml (« min qawmin kâfirîn ») : imâlah aussi pour Rûh.
Dans la lettre « y » de « yâ-sîn » : imâlah pour Rûh.
Règles pour Khalaf al-‘Âshir
- Imâlah sur alif finales des mots à base « y » (ishtarâ, ijtbâ, az-zinâ, al-hawâ, al-hudâ) ;
- Imâlah sur alif de féminisation (hawâyâ, fardâ, yatâmâ, sîmâ, ṭûbâ, taqwâ), y compris Mûsâ, Yahyâ, ‘Isâ ;
- Imâlah sur alif finales écrites en « y » (balâ, matâ, ‘asâ), sauf ilâ, ladâ, ḥattâ, ‘alâ, mâ zakâ ;
Khalaf pratique l’imâlah dans « rân », « shâ’a », « jâ’a ». - Sur le « r » final portant kasrah, précédé d’un alif lui-même précédé d’un « r » (alif entre deux « r ») : imâlah (al-ashrâr, al-qarâr, al-abrâr).
Règles d’Abû ‘Amr al-Basrî
- Imâlah sur alif finales des mots à base « r » à tous schèmes, noms/verbes (ishtarâ, nasârâ, bushrâ) ;
- Dans les mots à base « y », seulement taqlîl pour les schèmes fu‘lâ (Mûsâ, ṭûbâ), fa‘lâ (taqwâ, mawtâ), fi‘lâ (‘Isâ, ḍîzâ) ;
- Dans les alif finales des mots à base « y » se trouvant en finales de versets de la onzième sourate [12], Abû ‘Amr ne fait que taqlîl.
Règles de Warsh (fath et taqlîl)
- Dans les mots à base « r », taqlîl sans khulf (une voie unique) : bushrâ, nasârâ, dhikrâ, sukârâ ; exception : « wa-law arâk-ahum » (al-Anfâl) : taqlîl avec khulf ;
- Dans les mots à base « y », taqlîl avec khulf (fath prioritaire) : al-hudâ, al-hawâ, ma’wâkum, mathwâkum, ṭûbâ, ijtbâ, dunyâ, Mûsâ.
— Un seul endroit où Warsh fait imâlah : le « h » du mot « ṭâ-hâ ».
Imâlah due à la kasrah
- Abû ‘Amr, al-Kisâ’î (et Hamzah, selon certains) font imâlah, et Warsh fait taqlîl, sur « r » final portant kasrah, précédé d’un alif (ex. âthâr-ihim, absâr-ihim, al-bawâr, al-qahhâr, an-nâr, bi-dînâr, al-ḥimâr, ḥimâr-ika, bi-qinṭâr), avec imâlah par khulf chez Ibn Zakwân dans « al-ḥimâr, ḥimâr-ika ».
- Si avant cet alif il y a un « r » (alif entre deux « r ») : imâlah pour Abû ‘Amr et al-Kisâ’î, taqlîl pour Warsh et Hamzah (ex. al-ashrâr, al-qarâr, al-abrâr) ; Hamzah fait taqlîl aussi dans « al-bawâr, al-qahhâr ».
- Dans « kafirîn » et « al-kafirîn » : imâlah pour Abû ‘Amr et ad-Dûrî, taqlîl pour Warsh. — Dans « majrâhâ » (Hûd), imâlah pour Hafs.
Positions propres à al-Kisâ’î (imâlah)
Imâlah propre à al-Kisâ’î dans :
— « aḥyâ » sans « w » avant (ex. aḥyâ-kum, man aḥyâ-hâ) ;
— « khaṭâyâ » sous toutes ses formes ;
— également dans : ru’yây, marḍât, ar-ru’yâ, marḍâtî, ḥaqqa tuqâtih, wa-qad hadân, wa-man ‘aṣânî, fa-mâ âtânî-llâh, maḥyâ-hum, talâ-hâ, ṭaḥâ-hâ.
Positions propres à ad-Dûrî (imâlah)
Il fait imâlah dans : bârî’-kum, al-bâri’, ru’yâ-ka, maḥyây, mathwây, hudây, ṭughyân-ihim, âdhân-inâ, âdhân-ihim, mishkâh, al-jawâri, anṣâr-î, jabbâr-în, al-jabbâr, nusâri‘, sâri‘û, fa-’uwârî, yuwârî. — Pour les deux derniers : khulf (Tayyibah), mais fath en Shâtibiyyah.
Positions propres à Hamzah (imâlah)
Il fait imâlah dans l’alif de dix mots : ḍâqa, ḥâqa, khâfa, ṭâba, khâfa (répétition probable du manuscrit), zâda, shâ’a, jâ’a, rân, zâgha (mais pas « zâghat »).
— Dans « bal rân », imâlah aussi chez Shu‘bah et al-Kisâ’î ; dans « jâ’a » et « shâ’a », imâlah aussi chez Ibn Zakwân.
Positions propres à Hishâm (imâlah)
Imâlah seulement dans quatre mots : « mashârib » (Yâ-Sîn), « âniyah » (al-Ghâshiyah), « ‘âbidûn », « ‘âbid » (al-Kâfirûn).
Positions propres à Ibn Zakwân (imâlah)
Imâlah avec khulf dans : « ‘Imrân » (‘Âl ‘Imrân, at-Taḥrîm) ; « al-miḥrâb » (‘Âl ‘Imrân, Maryam, Sâd) ; « ikrâh-ihinna » (an-Nûr) ; « wa-l-ikrâm » (ar-Raḥmân).
Voie d’al-Kisâ’î pour le h de féminisation au waqf
Deux versions :
Imâlah chaque fois qu’une lettre autre que alif précède le h de féminisation ; s’il y a un alif, pas d’imâlah (exemples typiques : « aṣ-ṣalât, az-zakât »).
Si l’une des 15 lettres suivantes précède le h de féminisation, imâlah (liste translittérée : f, j, th, t, z, y, n, b, l, dh, w, d, sh, m, s) ; ex. laylah, ḥabbah, jannah, khashyah, maytah, thalathah, bahjah, khalîfah.
Règles du Râ’ et du Lâm
Cas de la lettre « r »
Chez Warsh, « r » est amincie (tarqîq) lorsque :
— « r » est ouvert ou arrondi et une kasrah contiguë obligatoire le précède ;
— un « y » sâkin contigu le précède ;
— un sâkin est entre la kasrah et « r ».
Exemples : al-mudabbirât, fâqirat ; al-khabîr, al-mughîrât, al-khayrât ; sidrah, adh-dhikr, al-mihrâb, ash-shi‘r.
Si la kasrah n’est pas contiguë obligatoire, pas de tarqîq (ex. bi-ru’ûsikum, li-rasûl, bi-idhni rabbihim).
Si le « y » sâkin n’est pas contigu, pas de tarqîq (ex. muqni‘î ru’ûsihim, fî rayb).
Si le sâkin n’est pas entre kasrah et « r », pas de tarqîq (ex. yusrâ).
Règles unanimement admises pour « r »
- « r » sâkin après kasrah contiguë obligatoire : tarqîq (ex. fir‘awn).
- « r » après kasrah accidentelle : emphase (tafkhîm) (ex. irkab ma‘anâ).
- « r » après kasrah séparée : tafkhîm (ex. ami rtabû).
- Si une lettre d’élévation suit « r » et une kasrah précède « r », toujours tafkhîm (ex. ṣirât, firâq, qirṭâs, wa-irṣâdan).
- Au waqf final, si kasrah ou « y » sâkin ou sâkin précédé de kasrah ou alif avec imâlah/taqlîl précède « r », alors « r » est tarqîq (ex. muqtadir, khayr).
Lettre « l » : tafkhîm et tarqîq
Chez Warsh, « l » est emphatisée (tafkhîm) lorsqu’elle porte fatha et qu’une des trois lettres suivantes la précède (elles-mêmes ouvertes ou sâkin, simples ou géminées), que « l » soit simple/géminée, médiane/finale : ṣ, ṭ, ẓ (ex. aṣ-ṣalât, ẓalamû, maṭla‘).
Le taqlîl (imâlah atténuée) étant opposé au tafkhîm, on ne lit pas taqlîl et tafkhîm ensemble ; le fath va avec tafkhîm, le taqlîl avec tarqîq.
Les deux « l » de « Allâh » : tafkhîm si fatha ou dhammah avant ; tarqîq si kasrah avant.
S’il y a imâlah avant « Allâh » (comme chez as-Sûsî), deux voies : tafkhîm et tarqîq (ex. « fa-sayarâ Allâh », « narâ Allâh ») — au total, trois voies chez as-Sûsî.
Waqf sur la dernière lettre
Le waqf : marquer une pause, reprendre souffle, puis continuer.
Trois types :
a) iskân ; b) ishmâm ; c) rawm.
Le waqf par iskân (mettre la dernière lettre au repos sans aucune partie de la voyelle) est l’original, le plus aisé ; il est valable sur les trois voyelles.
Le waqf par ishmâm : poser le repos puis indiquer par les lèvres la dhammah/élévation ; possible seulement sur une lettre arrondie/élevée.
Le waqf par rawm : ne faire entendre qu’un tiers de la voyelle très doucement (audible des proches) ; permis sur lettres arrondies/élevées et cassées/abaissées.
Ishmâm et rawm ne sont pas permis sur une voyelle accidentelle, une voyelle transférée (naql), la mîm du pluriel (jam‘), ni le h de féminisation.
Parmi les récitants, Abû ‘Amr et les Koufiens rapportent/agréent ces deux types ; les autres ne les sanctionnent pas, mais les savants de Qirâ’ât les ont préférés.
Waqf selon le rasm ‘uthmânien
Au waqf, on suit le rasm ‘uthmânien. Nâfi‘, Abû ‘Amr et les Koufiens l’ont rapporté et sanctionné. Les autres ne l’ont pas sanctionné, mais les savants l’ont préféré pour eux aussi. C’est un fait notoire que le waqf selon le rasm est requis — d’où sa place et son importance. Les quatre imams du fiqh conviennent qu’y adhérer est essentiel.
Cependant, certains récitants font des waqf contraires au rasm ; il faut donc mentionner ces mots pour éviter des waqf contraires à leur Qirâ’a.
Mots où des récitants font waqf contraire au rasm
Le h de féminisation écrit avec un « t » long (forme orthographique) : baghiyat, qurrat, faṭrat, la‘nat, ma‘ṣiyat, sunnat, imra’at, raḥmat, ni‘mat, jannat, kalimat, shajarat, etc.
Sur tous ces mots, Ibn Kathîr, Abû ‘Amr et al-Kisâ’î font waqf avec « h ». Les autres font waqf avec « t » conformément au rasm.
Positions des savants sur le « y » d’idhâfa
Le « y » d’idhâfa est un « y » supplémentaire indiquant le locuteur (dans nom, verbe ou particule : sabîlî, li-yabluwanî, innî, etc.).
La divergence porte sur le « y » vocalisé (fatha) ou au repos (sukûn). Selon le comptage d’ash-Shâtibî, 212 cas, répartis en six catégories :
- « y » d’idhâfa suivi d’une hamzah de coupure ouverte : 99 cas (ex. innî a‘lam) ;
- suivi d’une hamzah de coupure cassée (ex. yadiya ilayka) : 52 cas ;
- suivi d’une hamzah de coupure arrondie (ex. innî urîd) : 10 cas ;
- suivi d’une hamzah de liaison avec lâm de définition (ex. rabbî al-ladhî) : 14 cas ;
- suivi d’une hamzah de liaison sans lâm (ex. innî iṣṭafaytuka) : 7 cas ;
- suivi de toute autre lettre (ex. baytiya li-ṭ-ṭâ’ifîn) : 30 cas.
Positions sur le « y » za’idah (supplémentaire)
Le « y » za’idah est un « y » sur lequel les récitants divergent quant à sa suppression (ḥadhf) ou son maintien (ithbât).
Deux types :
a) « y » originel (toujours lâm du mot) : dans noms/verbes (al-munâdî, ad-dâ‘î) ;
b) « y » za’idah après la lâm du mot (ex. ‘ibâd, du‘â’).
Selon le comptage d’ash-Shâtibî : 62 cas, de quatre types :
suppression en liaison, maintien au waqf.
Sans divergence, Ibn Kathîr lit avec maintien dans les deux ; Hishâm avec khulf. Nâfi‘, Hamzah, al-Basrî, al-Kisâ’î : maintien en liaison seulement (sauf Hamzah dans « a-tumiddûnani bi-mâl » : maintien dans les deux). Les autres : suppression dans les deux.
maintien en liaison et au waqf ;
suppression dans les deux ;
maintien en liaison, suppression au waqf ;
Le Waqf (Pause) et le Takbîr final
Premièrement,
Divergence sur le fait de dire Allâhu akbar après chaque sourate de ad-Ḍuḥâ à an-Nâs. Ahmad l’a considéré recommandé, d’autres imams ne l’ont pas retenu ; un autre récit d’Ahmad va avec la majorité. L’avis correct : ce takbîr n’est pas prescrit ; aucun hadith marfû‘ authentique ne l’établit, ni rapport sahîh des Compagnons ; il a été pratiqué par certains récitants de La Mecque.
On rapporte d‘Ikrimah ibn Sulaymân : « J’ai récité à Ismâ‘îl ibn ‘Abd-Allâh ibn Qustantîn ; arrivé à ad-Ḍuḥâ, il me dit : Dis le takbîr, dis-le à la fin de chaque sourate jusqu’à terminer. ‘Abd-Allâh ibn Kathîr lui dit qu’il avait récité à Mujâhid, qui lui avait dit de le faire ; Mujâhid tenait cela d’Ibn ‘Abbâs ; Ibn ‘Abbâs d’Ubayy ibn Ka‘b ; et Ubayy tenait du Prophète (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui) qu’il l’avait ordonné » [13].
Ce hadith est faible. Ahmad ibn Muhammad ibn ‘Abd-Allâh ibn Abî Bazzah al-Muqrî’ figure dans sa chaîne ; son hadith est faible selon Abû Ḥâtim, « munkar » selon al-‘Aqîlî. Adh-Dhahabî : « hadith étrange, parmi les hadiths munkar d’al-Bazzî » ; al-Ḥâkim l’a jugé sahîh, mais il est munkar [14].
Ibn Mufliḥ al-Ḥanbalî : il est recommandé de dire le takbîr de ad-Ḍuḥâ à la fin du Coran ; c’est la récitation des Mecquois : al-Bazzî le tient d’Ibn Kathîr, d’après Mujâhid, d’après Ibn ‘Abbâs, d’après Ubayy, d’après le Prophète. Plusieurs l’ont rapporté (al-Baghawî dans son Tafsîr), en reliant cela à l’interruption de la Révélation. Ce hadith est « gharîb », rapporté par al-Bazzî — faible en hadith, fort en récitation ; munkar selon Ibn Ḥâtim ar-Râzî. Ahmad a également reçu l’avis qu’il n’y a pas de takbîr, comme le pensent tous les récitants [15].
Ibn Taymiyyah fut interrogé au sujet d’un groupe qui achève une khatma selon ‘Âṣim et Abû ‘Amr, sans dire « lâ ilâha illa-llâh » ni « Allâhu akbar » jusqu’à ad-Ḍuḥâ : est-ce meilleur ? Le hadith sur le tahlîl et le takbîr est-il authentique et mutawâtir ?
Il répondit : oui, s’ils récitent selon une autre voie qu’Ibn Kathîr, il vaut mieux ne pas le faire ; c’est ce qui est prescrit par la Sunna : ces imams ne disaient pas le takbîr en début ou fin de sourate. Si l’on dit qu’Ibn Kathîr rapporte le takbîr du Messager d’Allah, d’autres peuvent dire que ces imams rapportent l’omission du Messager d’Allah. Il n’est pas possible que la récitation majoritaire — transmise par plus de rapporteurs — ait omis quelque chose que le Prophète aurait interdit d’omettre ; ceux qui transmettent le mutawâtir ne peuvent cacher ce qu’il fallait transmettre. Tenir que le Prophète a ordonné à la majorité d’ajouter un takbîr puis qu’ils ont désobéi mériterait une punition exemplaire.
Quant au takbîr, par consensus, celui qui prétend qu’il fait partie du Coran est dans l’égarement et doit se repentir, sinon il est passible de la peine capitale. Comment blâmer celui qui ne le dit pas ? Considérer innovateur, opposant à la Sunna ou pécheur celui qui ne dit pas ce takbîr rapproche plus de la mécréance que de l’Islam et mérite punition ; s’il persiste après preuve, il est passible de mort.
Si l’on admet que le Prophète l’a prescrit à certains, alors il est permis/recommandé ; s’il était obligatoire, la majorité l’aurait fait, et les imams n’auraient pas convenu du contraire. Nul imam n’a dit qu’il est obligatoire ; celui qui lit selon Ibn Kathîr peut le considérer recommandé. À l’inverse de la basmala — obligatoire chez ceux qui la considèrent partie du Coran — que les récitants permettent d’omettre entre deux sourates : à plus forte raison le takbîr, absent du Coran, peut-il être omis [16].
Il ajouta : le takbîr rapporté par Ibn Kathîr n’est pas transmis avec isnâd du Prophète ; seul al-Bazzî l’a attribué au Prophète, contre tous les autres qui ne l’ont rapporté que comme optionnel pratiqué par certains. Les spécialistes du hadith et de la biographie (parmi les lecteurs et traditionnistes) ont jugé sa transmission faible [17].
Ibn ‘Uthaymîn fut interrogé : certains lecteurs séparent les sourates en disant « Allâhu akbar » au lieu de la basmala ; est-ce légitime ?
Réponse : cela contredit la pratique des Compagnons qui séparaient par « bismi-llâh ar-Raḥmân ar-Raḥîm », comme l’avis savant : on ne sépare pas les sourates par le takbîr dans tout le Coran. Certains lecteurs ont jugé recommandé de dire le takbîr après chaque sourate de ad-Ḍuḥâ à an-Nâs, et la basmala entre chaque paire ; mais l’avis correct : ce n’est pas Sunna, faute de transmission du Prophète. On sépare donc par la basmala, sauf entre al-Anfâl et at-Tawbah [18].
Shaykh Bakr Abû Zayd a mentionné « sept choses » relatives à la khatma, dont : dire le takbîr de ad-Ḍuḥâ à an-Nâs, en prière et hors prière. Il dit : il n’existe pas de rapports sahîh du Prophète ni de ses Compagnons sur ces points ; la plupart de ce qu’on en dit n’est pas probant ; selon l’avis correct, rien de cela n’est prescrit dans la Charia [19].
Shaykh Ibrâhîm al-Akhḍar, shaykh des lecteurs à Médine, a écrit un essai « Takbîr al-khatm bayna l-qurrâ’ wa-l-muḥaddithîn » ; il conclut : en examinant rapports, isnâd et biographies, nous n’avons trouvé que le rapport d’al-Bazzî — comme l’ont dit les savants — et sa chaîne est remplie de narrateurs faibles ou critiqués ; aucun autre rapport hormis celui d’al-Bazzî. Des savants l’ont clairement affirmé, et certains grands lecteurs (Ibn Mujâhid dans as-Sab‘ah, Abû l-Qâsim al-Hudalî dans al-Kâmil) ne l’ont même pas rapporté, ce qui indique que, selon eux, il n’était pas établi. Une Sunna ne s’établit pas par un tel rapport ; mieux vaut ne pas le faire, afin de protéger le Livre d’Allah de tout ajout, Sunna ou non. Louange à Allah, Seigneur des mondes. Fin de citation.
Deuxièmement,
On a donné plusieurs raisons à ce takbîr ; la plus connue : l’interruption de la Révélation, puis sa reprise par la sourate ad-Ḍuḥâ : « Ton Seigneur ne t’a ni délaissé ni détesté » (93:3). Même si cela est authentique, cela n’implique pas que dire le takbîr soit recommandé comme certains lecteurs l’ont dit, pour plusieurs raisons :
- il n’est pas dit qu’il faille le dire après chaque récitation de cette sourate ;
- il n’est pas dit de le dire jusqu’à an-Nâs ;
- le takbîr n’a été dit qu’une fois, à la reprise de la Révélation ;
- les autres sourates ne contiennent pas ce sens.
De plus, aucun isnâd sahîh ni même faible n’établit ce récit.
Ibn Kathîr (le mufassir) a dit : au sujet du takbîr après ad-Ḍuḥâ, les lecteurs disent que lorsque la Révélation tarda pour le Messager d’Allah, puis que l’ange vint avec « Par le matin éclatant, et la nuit lorsqu’elle s’apaise… », il dit le takbîr de joie ; mais cela n’est rapporté par aucun isnâd considérable, sahîh ou faible. Allah sait mieux [20].
Et Allah est plus savant.
Par Dr Mohamed Abdelmonem Elsayed Khalil
